Textes en français

Le grand Chambardement. Frédéric le Grand et l’année 1763 qui démarqua deux époques

Dans notre époques de jubilés jubilatoires, une date a étonnamment peu retenu l’attention : la paix de Hubertusburg, par laquelle il y a 250 ans, en 1763, la Guerre de sept prit fin. S’acheva alors, non seulement la lutte d’affirmation de soi de la Prusse et de son grand roi, et la confrontation entre l’Angleterre et la France pour la domination des colonies et sur les océans : non, ce fut une époque toute entière qui prit fin. Une nouvelle commença, à l’ombre de laquelle nous nous trouvons encore et toujours aujourd’hui. Dans ce quart de millénaire entre 1763 et 2013, le monde s’est radicalement plus transformé que dans tous les siècles précédents : les fondements de l’État moderne furent déposés ainsi que les fondements de l’économie moderne, de notre penser, de notre morale et de notre religion. L’année 1763 donne le signal de la fin des temps modernes ; 1763 est le commencement avancé du modernisme. Parmi tous les jubilés qui furent entamés l’année passée, celui-ci est véritablement important et décisif.

Cela commença de façon relativement anodine et romantique : le 30 mars 1763, Frédéric II, roi de Prusse, revient enfin, après 7 années de guerre dans sa capitale Berlin. Lorsqu’il arriva aux remparts de la ville et que les magistrats lui proposèrent de monter dans le carrosse de luxe préparé à son intention, pour aller à la rencontre et recevoir les hommages du peuple en liesse, il refusa. Frédéric souhait être tout seul ce jour-là. Son biographe, Franz Kugler, en a rapporté la scène mémorable :

« On raconte que Frédéric, peu après son arrivée, s’est rendu à Charlottenburg et a ordonné aux musiciens et chanteurs qu’il y avait pareillement disposés, d’exécuter le te deum de Graun dans la chapelle du château. À une telle disposition, on eût envisagé l’apparition de toute la cour. Mais le roi est entré dans la chapelle sans être accompagné, s’est assis, a donné le signal du début. Lorsque les voix entonnèrent le chant de louange, il a plongé son visage dans ses mains et il s’est mis à pleurer. »

Au commencement du modernisme, se trouvait la mélancolie. Au commencement du progrès, se trouvait la résignation. Frédéric, qui était comme tant d’autres, quelqu’un de profondément divisé, ayant une relation intime à Dieu, d’une part, mais aussi à la vie, d’autre part, eût pu être heureux et satisfait de ce qu’il venait d’atteindre dans la guerre de sept ans, par sa propre performance tout comme par chance ; il n’en fut pas ainsi. En cet instant, il ne fut pas autrement qu’un jeune homme avancé en âge, trop abattu par son isolement, qui avait été le prix de sa réputation et de sa puissance. Il fut au plus tard, dès cet instant, un être humain malheureux.
Pourtant l’histoire n’eut aucun égard quant au bonheur privé de quelqu’un d’aussi déchiré en lui. De fait par sa victoire, Frédéric avait donné le branle à l’évolution, dans le courant de laquelle nous nous trouvons encore maintenant. La Russie, qui avait changé de bord dans l’alliance et, de ce fait, assuré la survie de la Prusse, entra dans le cercle des grandes puissances européennes. L’Allemagne passa, quand bien même sous la forme prussienne, de la situation de ballon du jeu, en joueuse décisive de la politique européenne qu’elle a finalement atteint, sous le gouvernement de Mme Merkel, quand bien même aussi par des détours. Les colonies britanniques en Amérique avaient pris tellement conscience d’elles-mêmes, par leur engagement qu’elles avaient assumé pour leur terre natale en lutte contre la France, qu’elles exigèrent dix ans plus tard l’indépendance et l’atteignirent aussi. Et en France, les répercussions économiques et politiques de la double défaite furent d’une telle sorte que la révolution ne fut plus dès lors qu’une question de temps. Tout cela fut les conséquences directes de la guerre de sept ans.
Il ne nous échoit pas facilement, aujourd’hui, de nous représenter que les racines de notre époque sont censées reposer dans une époque qui nous semble, non seulement formellement, mais au contraire, dont le monde vivant nous semble aussi lointain que celui du Moyen-Âge, voire même de l’Antiquité. Et lorsqu’on considère la vie quotidienne, alors le monde occidental, en 1763, en était encore resté en effet si profondément enfoui au Moyen-Âge. Et pourtant ce fut justement l’année de naissance indirecte de l’industrialisation. L’Angleterre était alors la puissance mondiale numéro 1 et seulement six années plus tard, exactement 200 ans avant l’alunage, la machine à vapeur fut découverte, base de l’économie et du bien être modernes.
Effectivement, les racines de notre monde actuel remontent à cette année-là. Frédéric, qui ne put résoudre toute sa vie la contradiction entre introversion et extraversion, entre négation au monde et affirmation au monde, entre progrès et stagnation, mais demeura au contraire dans le déchirement, devint, avec son action politique et sa figure spirituelle, comme le prince éclairé aimant la liberté le moteur du développement moderne. Lorsqu’il s’assit à califourchon, selon les paroles de Jacob Burckhardt, sur la ligne de séparant entre deux époques, et mourut en 1786 au château de Sans-soucis, trois ans passèrent encore avant qu’éclatât la révolution en France, dans laquelle pour la première fois, le peuple in corpore, réussit à articuler sa volonté : pour préciser, il voulut prendre part au bien-être, qui était principalement la base d’une vie remplie dans l’en-deçà. It’s the economy, stupide: ces paroles de l’ère Clinton dans les années 1990, pourraient tout aussi bien servir de précepte pour les 15 années séparant 1774, le commencement de la guerre d’indépendance américaine, de 1789, l’année où éclata la Révolution française.

La Guerre de sept ans : du conflit régional au conflit mondial
Dans la topographie des dates, 1763 prend une position-clef remarquable. Cinquante ans la séparent de 1813, l’année de l’affranchissement de Napoléon, l’année de la bataille des Nations ; cent ans de 1863 — alors que Otto von Bismarck devint durant un an le ministre président de Prusse ; cent-cinquante ans de 1913, la dernière année des temps modernes ; deux cents ans finalement de 1963, l’année où Kennedy fut assassiné — un meurtre, qui devait disposer favorablement les dieux, lors de laquelle la Guerre froide ne dégénéra finalement pas dans l’Apocalypse, que le monde entier attendait alors dans l’angoisse d’année en année. L’année 1763 — lors de laquelle dans le petit château de chasse d’Hubertusburg, de la petite cour de Saxes, entre les deux contractants grugés, Prusse et Autriche, entre l’impératrice et le roi, la paix longtemps espérée fut conclue — se dévoile maintenant, sous un regard rétrospectif éloigné de deux siècle et demi, comme l’année de référence, le point d’angle, duquel l’histoire du monde devait prendre un autre cours nouveau.
La Guerre de sept ans fait saillie sur la série interminable d’affrontements guerriers qui caractérise l’histoire européenne jusque 1945, dans la mesure où ici la guerre de cabinet et les confrontations de politiques mondiales s’unirent entre elles. Car la troisième guerre engagée pour la Silésie, ne fut tout d’abord rien d’autre que la tentative de l’Autriche, sous son impératrice Marie-Thérèse, de reconquérir la province que Frédéric lui avait dérobée, attirant en même temps dans l’affaire le concurrent menaçant du Nord, au rang classique de troisième puissance. Par « le renversement des coalitions » de 1756, au moment où la France, s’allia avec son ancien ennemi héréditaire l’Autriche, mais que l’Angleterre s’allia avec la jeune Prusse, le conflit régional devint un conflit mondial. Dès le début, la France se trouvait en position la plus faible, car le fait qu’elle était une puissance continentale et militaire et économique engagée sur le continent, amoindrit considérablement son espace de jeu international. L’Angleterre était depuis les jours de sa reine vierge Élizabeth, depuis les jours de Francis Drake, ce chevalier pillard des océans, la puissance commerciale imbattable numéro 1.
La Prusse-Brandebourg se retrouva de nouveau au début de la Guerre de sept ans, dans la phase haute de sa consolidation politique intérieure et extérieure. Ce qu’elle était devenue au long des cent dernières années, elle le devait à la pure volonté de ses quatre monarques qui l’avaient gouvernée jusque là. Frédéric était à présent au pouvoir, le second portant le prénom de son grand-père Frédéric Ier, qui en 1701 par habileté diplomatique, avait apporté la couronne à la Prusse. Frédéric II était possédé par l’ambition de se faire un nom dans l’histoire mondiale, et il était rempli d’une énergie de volonté indomptable, dont le contrefort se trouvait dans son individualisme libéral, extraordinairement moderne. En deux guerres brèves et rapides, il avait arraché la Silésie, une riche province, et il en avait pris possession puis l’avait défendue contre Marie-Thérèse. La troisième guerre, qui avait été longuement préparée depuis la fin de la seconde, avant d’éclater en 1756, il ne l’avait pas voulue, tant il était devenu principalement dépourvu d’ambition en politique extérieure, voire même apathique. Il dut y être poussé dedans par les circonstances : Frédéric avait beau encore vouloir si souvent protester qu’il était saturé ; qu’il ne convoitait plus de nouvelles conquêtes ; qu’il pensait vivre en coexistence pacifique avec les autres puissances européennes : on ne le crut point du tout. On voyait en lui une menace, un révolutionnaire, qui menaçait d’entraîner toute l’Europe dans le tourbillon d’une évolution, qui ne serait pas inversable et qui signifierait la fin de tous les systèmes spirituels et politiques qui avaient été mis en place.
Cela fait partie des paradoxes les plus grands de l’histoire mondiale que la phase d’évolution décisive qui mena à notre présent, fut mise en branle par deux partenaire d’alliance qui ne pouvaient pas être des adversaires. Ici, l’Angleterre, qui n’était plus depuis longtemps une monarchie absolue, mais au contraire un État qui était gouverné par de riches commerçants et de grands propriétaires terriens ; là, la Prusse, une monarchie, avec un État très profondément éclairé et tolérant, en effet despotique, avec un roi au sommet, qui régnait par ordonnances de cabinet et qui était beaucoup plus dans l’antiquité, peut-être encore plus seyant au Moyen Âge que dans la médiocrité ennuyeuse du 18ème siècle. Encore un authentique roi, chef d’armée, qui était toujours en croupe et composa nonobstant 121 sonates pour flûte ; un homme de lettres sur le trône, un franc-maçon et un voyant spirituel, qui dissimulait sa spiritualité derrière des vers satiriques rimés et qui avait été élevé par un père féroce, au mépris absolu de soi.
Ce Frédéric se tint, toute sa vie durant, dans une remarquable rapport de scission à l’histoire : c’est-à-dire surtout avec l’historicité de l’être humain. Avec une partie de son âme il était resté au mieux dans une Aetas aurea fictive, une sphère anté-historique et en dehors de l’histoire, comme la chantait la lyrique bucolique des anciens et des nouveaux classiques, loin de toutes contraintes, loin de toutes dépendances et obligations. Mais l’autre partie brûlait de l’ardeur d’une soif d’action, du zèle de la gloire et des conquêtes, de confirmation de soi dans l’extrême guerrier. Aristote et Alexandre entraient dans cette tête chaude, quelque chose comme un prince antique et asexué, issu d’une famille noble originellement totalement insignifiante du Sud de l’Allemagne, un liaison extraordinaire. S’il n’en existât jamais, alors que deux âmes battaient dans sa poitrine.
Ce Frédéric, donc, s’allia, par la convention de Westminster en 1756, avec l’Angleterre, le plus riche et bien aussi le plus puissant État de la Terre, pour défendre sa possession silésienne. En l’espace de quelques mois, les rapports des coalitions s’étaient solidement établis : ici, la Prusse et l’Angleterre, là-bas l’Autriche, la France et la Russie, flanquées de deux plus petites puissances la Saxe et la Suède. De la coalition prusso-anglaise, prirent naissance les forces, qui devaient non seulement ordonner l’Europe et le monde, mais au encore, dans le jeu d’interactions à partir desquelles devait s’accomplir l’histoire du monde jusqu’en 1945. Ce furent les troupes anglaises et prussiennes, qui combattirent unies en 1787 dans le Nord de l’Allemagne, vainquirent Napoléon à Waterloo en 1815, et qui à l’époque de l’armement de la flotte, s’épièrent agressivement autour de 1900 et qui se heurtèrent finalement dans la bataille matérielle de la première Guerre mondiale.
La victoire de la Guerre de sept ans — on peut constater cela sobrement au-delà de toute formation de légende — aplanit le chemin de la Prusse vers le pouvoir de diriger et d’unir l’Allemagne. Frédéric, cela nous le savons, n’était en rien partisan de l’idée d’un État allemand unitaire, et cela eût été impensable alors à l’époque du Saint Empire Romain germanique, avec ses 300 territoires souverains. Mais la Prusse ne put ainsi échapper d’une façon ou d’une autre à sa tâche. Cent ans après seulement, le monde vit Otto von Bismarck, comme ministre président prussien fraîchement cuit, qui, avec autorité et astuce, fit avancer tambour battant l’unité allemande sous le roi de Prusse. L’Allemagne qui fut créée dans la guerre germano-française en 1871, était une Prusse-Allemagne, et Frédéric en avait posé la première pierre, assurément sans en avoir eu l’intention.

Les conséquences de la victoire prussienne
Ainsi, d’une presque défaite naquit — à la fin la Russie décida de changer de camp en faveur de celui prussien à longue vue l’Allemagne, qui devait seulement à l’avenir influencer le continent depuis le centre de l’Europe et ensuite le dominer. Mais d’un autre côté, la victoire de l’Angleterre sur la France devait entamer lentement sa descente. Car la victoire en Amérique donna d’abord aux colonies britanniques la conscience de soi pour s’insurger contre la mère patrie, au prix de réclamer sa résistance contre les Français, le droit à l’autodétermination et la gestion autonome. En 1763, et non pas en 1776, se situe donc l’année de naissance véritable de l’Indépendance américaine. La position de puissance dirigeante des USA, en tant que puissance menant le monde économiquement, puis par la suite, politiquement, prit naissance d’une scène de guerre, annexe coloniale d’une guerre de cabinet continentale européenne classique. Ici, la petite Prusse, que personne, sans son prince Frédéric, n’eût prise politiquement au sérieux par les grandes puissances; là-bas, la côte Est américaine, pour les Européens à demie sauvage, mais avec la conscience d’expédition des navigateurs et des colons, qui prirent prétexte de la dissension anglo-française, pour se décliqueter de la dépendance des constellations européennes et se frayer une troisième voie pour aller leur propre chemin.
Prusse et Amérique — cet attelage à deux, si singulier, si antithétique, se tint donc en 1763 au commencement d’une évolution globale, qui a, à présent, 250 ans d’âge. Par l’énergie de la Prusse, l’Europe sortit enfin de la contemplation médiévale pour se jeter dans l’activisme tendu du modernisme. On peut très bien se représenter vivement les trois effets extérieurs qu’eut la victoire de la Prusse.
Premièrement : l’Autriche, le premier État plurinational d’Europe, perdit sa position de puissance dirigeante en Europe centrale. L’Autriche, ce premier État-nations de l’histoire, cette protectrice de la résignation byzantine, un État, qui réunissait les cultures occidentale, slave et orientale, l’héritière légitime de l’Empire romain d’Orient, dont les souverains ne sont pas par hasard devenus les porteurs du titre d’empereur romain et qui l’étaient en série ininterrompue depuis le 15ème siècle, depuis la chute de Constantinople ; L’Autriche — plus exactement : le pays des Habsbourg, car c’était le produit d’une alliance territoriale dynastique sans forme constitutionnelle centrale — était dans sa multiplicité inorganisée — spirituelle, économique, sociale et aussi politique — une construction unique. Dans son caractère protéiforme scintillante, son singulier mélange de caractère provincial antique et d’un progressisme dynamique, elle formait le caractère de l’ancienne Europe, son héritage idéal antique et médiéval. L’esprit qui émanait de l’Autriche : cette opiniâtreté assurée, qui se sent à son aise chez les personnes âgées — cet esprit fut détruit par Frédéric avec une brutalité involontaire. À sa place surgit l’esprit fougueux du protestantisme, s’élançant en avant, remettant tout en question et culbutant tout sur son passage.
Deuxièmement : La Russie est appelée à entrer en scène. La montée de la Russie, non seulement comme membre reconnu du concert des puissances européenne, mais encore comme donnant le ton dans la politique européenne, date de 1763. Aussi longtemps qu’elle voulut anéantir la Prusse, elle resta sans succès. Mais, après le changement de camp dans l’alliance de 1762, il fut clair qu’on devrait désormais compter sur le gigantesque empire slave à l’Est. Frédéric, qui aima sa vie durant la culture française, le savoir-faire bourguignon (on ne doit jamais oublié qu’il avait des ancêtres hanovriens et néerlandais), était redevable de sa réflexion politique à une puissance qu’il méprisait du fond du cœur, qui lui était essentiellement étrangère, mais sans laquelle la Prusse n’était rien. Et ainsi la Russie devint donc la puissance protectrice de la Prusse et de l’Allemagne : en 1763, 1806 et 1913 et de nouveau dans la guerre d’unité bismarckienne, alors que le tsar Alexandre, à l’Est protégeait l’arrière de la Prusse. Même dans les deux Guerres mondiales, ce fut la Russie qui, une fois par sa défaite de 1917, ensuite par sa victoire de 1945, veilla à ce que l’Allemagne se maintînt. La puissance russe, aujourd’hui plus nettement présente que jamais, est un résultat de 1763, un résultat du combat de Frédéric pour l’autonomie, qui déborda dans une impulsion qui mit en branle et déclencha un bouleversement du monde qui devait changer définitivement.
Troisièmement : L’éveil de l’esprit du peuple français au moyen de la Révolution. Frédéric, lui-même souverain régional de la vieille école, un chevalier du trône à la française [en français dans le texte, ndt], n’était rien de plus étranger à l’esprit de la Révolution. Non pas à partir d’un manque de conscience sociale — il en avait même vraiment beaucoup et plus que la plupart de ses contemporains de classe : mais, au contraire, à partir d’une peur viscérale du changement, par horreur devant la confusion des sentiments et des systèmes, par amour du calme, de l’ordre paradisiaque, de l’harmonia caelestis. Frédéric aimait cela et ressentait avec le peuple ; mais il avait en aversion l’agitation, la désagrégation, à partir d’une qualité d’existence, marqué par le complexe d’Œdipe, tout comme aussi par conscience morale quiétiste. Et pourtant, c’est exactement ce Frédéric-là qui détruisit nolens volens, par son activité enflammée d’une activisme originellement remarquable à l’extérieur, dans le monde, la tranquillité romantique en Europe et il détruisit aussi l’équilibre intérieure de la nation française. Lorsque les troupes françaises revinrent au pays, après leur défaite de Rossbach, — c’était en 1757 — cela commença à émietter en France. La guerre avait encore une fois éreinter à l’extrême un pays, qui était riche, certes, mais constamment et lourdement endetté depuis Louis XIV ; dès lors on ne pouvait plus tirer sur la corde tendue de l’arc. La graine de la Révolution et son succès, fut mise en terre, lorsque le peuple, le Tiers État, trouva un allié dans la noblesse française, à qui l’échec dévastateur de la politique royale de puissance dans la Guerre de sept ans avait ôté ses dernières illusion sur l’absolutisme. La noblesse et une partie de la haute noblesse, et avant tout, la Maison d’Orléans, faisait partie des plus fervents admirateurs de Frédéric, le mordant, héroïque « margrave de Brandebourg » ; et ils comptèrent, trente ans plus tard parmi les alliés les plus importants de la sous-classe française en lutte pour la liberté et l’égalité. Lion Feuchtwanger a calqué, d’après modèle et avec un don d’intuition, dans son roman sur Rousseau Narrenweisheit [Sagesse de sot], l’interconnexion entre l’aristocratie française des Lumières et le peuple révolutionnaire.

Dé-délimitation[entgrenzun] vers l’Est et vers l’Ouest
Ainsi Frédéric de Prusse, le père-adolescent sur le trône, ce modèle efféminé d’un homme, ce fils maternel d’une mère paternelle, ce portrait craché d’un monarque, sans le vouloir, donna-t-il le coup de branle d’une triple révolution : politique, social et économique. Politique, par la fortification de l’Allemagne et en allant chercher la Russie dans la pentarchie. Sociale, par la mise à feu de l’idée révolutionnaire française. Mais économique, par l’alliance avec l’Angleterre, en faisant grandir indirectement l’indépendance de ce qui deviendrait les Etats-Unis, avec lesquels du reste il conclut une alliance en 1785, le premier de tous les monarques d’Europe. L’opposition russo-américaine, qui détermina le 20ème siècle, prit son départ de cette date et pareillement la démocratisation du monde, qui fut déclenchée en 1789, après que la royauté française, avec la défaite dans la Guerre de sept ans, fut en situation de banqueroute déclarée.
Tous les développements, qui ont marqué directement notre époque, se sont accomplis dans ce quart de millénaire qui va de 1763 à 2013 : la consolidation territoriale de l’Europe centrale, avec une Allemagne unie dominante ; la révolution industrielle ; la philosophie des Lumières ; le parlementarisme et la démocratisation, qui se sont emparés peu à peu de tous les États européens. Mais en même temps, 1763 signifia — et Frédéric en eu un pressentiment — l’adieu à la tranquillité et à la contemplation de la vieille Europe ; la perte du sentiment de sécurité dans la retraite du giron maternel de la foi, de la conscience religieuse aveugle dans le monde qui, depuis la christianisation de l’Europe, en partant de l’Antiquité et au travers des bourrasques du Moyen-Âge, avait plus ou moins valu sans interruption. En 1763, la vielle Europe commença à ne plus avoir de pays natal ; ce fut la date à partir de laquelle les Européens commencèrent à perdre le pays où ils étaient nés.
Le dé-délimitation territoriale, qui engagea avec cela l’ouverture des flancs atlantique et asiatique de l’Europe, provoqua aussi la dé-démarcation des émotions et de l’esprit. Il en est toujours ainsi, soit dans la vie personnelle humaine, soit dans la vie de l’humanité. Dans toute biographie d’Immanuel Kant, on peut lire que le climat d’ouverture aux Lumières de Königsberg, qui ressortait tant sur le reste de la Prusse, était en relation avec l’ouverture territoriale naturelle de la ville portuaire de Königsberg. Eh bien, c’est exactement dans cette situation que se retrouva alors l’Europe, en 1763 avec l’ouverture de ses flancs vers l’Ouest et vers l’Est. La Russie passait encore, sous Pierre le Grand (1672-1725), qui était issu d’une famille russe indigène, pour un pays barbare ; les personnes cultivées, comme Frédéric lui-même, l’évoquaient en faisant allusion à l’exil du poète Ovide dans l’époque impériale romaine « des « Gètes et des Sarmates ». Sous Pierre de Schleswig-Holstein-Gottorf (1728-1762), le troisième souverain de son nom, Pierre III, la Russie avança au rang de joueuse européenne acceptée. Dès lors tout conflit, jusqu’à notre époque, ne put être décidé sans les bonnes grâces de la Russie et l’Europe retrouva de nouveau pas à pas cette vieille unité eurasiatique, qui avait existé autrefois dans l’Antiquité et qui avait été perdue par la suite à cause de la séparation de Rome et de l’opposition chrétienne orient-Occident.
Ainsi de la même façon qu’à l’Est, l’Eurasie se retrouva de nouveau, il se produisit à l’Ouest, ce qu’on peut présumer comme l’ontologie des territoires de l’Atlantide. Par la Guerre de sept ans, l’Amérique, ce monstre singulier, étranger et terrible là-bas à l’Ouest, revint avec une grande force dans la conscience européenne de cette population nonchalante de fermiers autour de son clocher et son horizon d’Altesse Sérénissime. L’ancienne rupture entre Amérique et Europe commença à se guérir, au prix, il est vrai, du fait qu’en Europe elle-même, la conscience de l’accord d’ensemble et de sécurité se brisa et jusqu’à finalement se fracasser irréparablement. La « politique mondiale » fit son entrée en Europe, avec cela le « monde », en tant principalement que catégorie politique. Les temps modernes, que la science historique classique fait commencer traditionnellement en 1789, projettent d’avance leur ombre, trente-trois ans auparavant, et on perçoit que c’en est bientôt terminé du sentiment de bien-être et de contemplation de l’existence de la vielle Europe. Au plan social et historique, il se peut que 1789 marque l’irruption du modernisme ; mais politiquement, c’est 1763, et ce n’est pas à tort que les historiens ont toujours considéré la Guerre de sept ans comme la première guerre véritablement mondiale dans l’histoire. Et il est significatif, que dans cet instant, les puissances européennes classiques — Angleterre, France et la Maison de Habsbourg — commencèrent à essuyer des pertes, quant à leur position de puissances dirigeantes. On a volontiers considéré la Guerre de sept ans comme le début de la dominance anglaise dans la politique mondiale, en tant qu’heure de naissance véritable de l’Empire ; en vérité, ce fut le début de son déclin. Les énergies, qui furent libérées par la guerre en Amérique, apprirent surtout d’abord aux colonies à exiger l’indépendance, à établir un État qui devait être fondamentalement différent de ceux européens et dont le motif originel devait être d’assumer et de perpétuer nonobstant un à un l’aspiration à la puissance et à l’extension. —
Il est vrai qu’un autre motif originel de l’Europe fut enterré : ce fut la tranquillité, la paix céleste, l’ordre des constellations que les monarchies européennes, depuis l’empereur Constantin, en passant par Charlemagne jusqu’à Charles V et Philippe II, avaient espérer former sur la Terre. Ç’avait été un ordre quiétiste, une ordre de calme, de retraite, d’intériorité et d’introversion. Un ordre que Franz Grillparzer saisit de manière exemplaire dans les paroles qu’il met par exemple dans la bouche de son Rudolf II, dans son Ein Bruderzwist in Habsburg [Une querelle de frère dans la Maison de Habsbourg] :

« Ich glaube an Gott und nicht en jene Sterne,
Doch jene Sterne auch sie sind von Gott.
Die ersten Werke seiner Hand, in denen
Er seiner Schöpfung Abriß niederlegte,
Da sie und er nur in der Wüsten Welt.
Und hätt’s später nicht dem Herrn gefallen,
Den Menschen hinzusetzen, das Geschöpf,
Es wären keine Zeugen seins Waltens,
Als jene hellen Boten in der Nacht.
Der Mensch fiel ab von ihm, sie aber nicht,
Wie eine Lämmerherde ihrem Hirten,
So folgen sie gelehrig seinem Ruf
So heut als morgen wie am ersten Tag.
Drum ist in Sternen Wahrheit, im Gestein,
In Pflanze, Tier und Daume, im Mensch nicht.
Und wer’s verstünde still zu sein wie sie,
Gelehrig fromm, den eignen Willen meisternd,
Ein aufgespanntes, demutvolles Ohr,
Ihm würde leicht ein Wort der Wahrheit kund,
Die durch die Welten geht aus Gottes Mund.“

« Je crois en Dieu et non en ces astres-là,
Et pourtant ces astres-là sont aussi de Dieu.
Les premières œuvres, dans lesquelles
Il déposa l’esquisse de sa Création,
Rien qu’elles et Lui dans un monde désert.
Et s’il n’eût plu, par la suite, au Seigneur,
D’y placer en plus l’être humain, la créature,
Il n’y eût eu d’autres témoins de son action,
Que ces messagères étincelantes dans la nuit.
L’homme se détacha de Lui, mais elles, pas,
Comme leur berger, un troupeau de brebis,
Elles suivent toujours docilement Sa voix
Aujourd’hui, demain, comme au premier jour.
C’est pourquoi la vérité est là-haut dans les étoiles,
Non pas dans la pierre, la plante l’arbre et l’homme.
Et qui s’y entendît a faire silence comme elles,
Maîtrisant son propre vouloir, docile et pieux,
Tel une oreille déployée, remplie d’humilité,
Il en saisirait facilement une parole de vérité,
Qui parcourt le monde de la bouche de Dieu.

Les temps modernes primitifs, et donc le laps de temps qui sépare la découverte de l’Amérique, en 1492, et l’éclatement de la Révolution française, en 1789, furent caractérisés par l’effort de conserver à tout prix le caractère paisible et l’ordre du Moyen-Âge. Dans cette tâche l’Europe échoua définitivement avec la Guerre de sept ans. Dès lors, les instincts déferlèrent sans rencontrer d’obstacles dans l’esprit européen, contre lesquels l’on s’était désespérément défendus jusqu’à tout dernièrement et que le Moyen-Âge discriminaient encore comme des péchés contre lesquels il avait lutté : envie, rage et un matérialisme sans frein, irrépressible. Dès lors, l’Europe rencontra son accomplissement dans l’assujettissement du règne terrestre jusqu’à l’extrême et de l’exploiter, dans les mers, sur terre et bientôt dans l’air aussi. Les temps paisibles sont écoulés ; l’Europe tombe dans le cyclone de la politique moderne, avec elle-même comme le centre de ce tourbillon.
L’élément le plus remarquable de toute cette histoire, c’est qu’elle fut finalement mise en branle par un homme pour qui le rêve médiéval de calme, d’ordre et de contemplation, se tenait plus proche qu’on veut bien le voir en général aujourd’hui. Frédéric de Prusse, était intérieurement déchiré comme personne ne le fut jamais en gouvernant une région : avec une partie de son âme, il se trouvait dans l’ancien temps et reculait d’effroi devant l’énergie qui bouillonnait en lui-même. L’autre partie de son âme le poussait, au contraire, à dépasser les limites, vers ce grand chambardement, qu’il anticipa dans son penser. Ce fut le grand déchiré, qui régna en Europe. D’un côté un conservateur ; de l’autre un révolutionnaire. Ce fut moins son action directe — ce fut l’action indirecte de son exemple humain, qui changea le monde.
Ce qui commença par l’annexion d’un petite province en Pologne, proliféra en soi dans une guerre internationale, à l’issue de laquelle se tenait l’internationalisation de la politique — avec la petite Prusse comme épicentre. Ce fut d’Allemagne, que les impulsions, qui changèrent le monde, devaient venir à l’avenir. À partir de la profonde conscience pour l’éternité, l’ordre et le calme, grandit un monde, dont les valeurs les plus élevées devaient être la temporalité, la confusion et l’agitation. L’époque de l’impérialisme commença, en transposition comme au sens propre. La confrontation entre l’Angleterre et la France pour le partage du monde n’en fut alors que la forme extérieure ; de fait, l’antagonisme s’esquissa déjà alors entre l’Amérique et la Russie. L’esprit américain et l’esprit russe s’éveillèrent de leur profondeur et choisirent l’Europe comme scène de leur confrontation. Mais Frédéric, le chevalier Brandebourgeois sans défaut et sans vice [ohne Fehl und Tadel] issue d’une modeste famille de burgrave de Souabe, fut le fauteur de trouble qui allait ourdir tout cela. Lui, qui n’avait réellement pas voulu tout ça, se déterre, au travers de l’examen rétrospectif de ces 250 dernières années, comme le grand donneur d’impulsion, comme l’homme qui, contre sa propre volonté, mena l’Europe et le monde dans le modernisme.
Le dernier quart de millénaire mit au jour un mouvement, une énergie, que le monde n’avait connus que dans la nature jusque là. En 1755, une année avant l’éclatement de la Guerre de sept ans, se produisit le tremblement de terre de Lisbonne, qui émut les âmes dans le monde entier, qui donna sujet à la rédaction du Candide à Voltaire et qui montra au monde entier, une fois encore, combien la nature est toute puissante. Une année plus tard seulement, s’enflamma la guerre, et avec elle commença une époque dans laquelle ce ne devait plus être la nature, mais l’être humain lui-même l’ennemi le plus grand et le plus dangereux — si dangereux qu’il prend de l’influence sur la nature elle-même et la pousse dans une direction, qui peut détériorer le monde entier. Mais en même temps, c’est cette influence qui produit l’ultime légitimation [Ausweis,(bitte!)] sur son caractère de ressemblance à Dieu. Cela peut sembler paradoxal et comme un sacrilège : mais l’appel séducteur à la liberté, auquel s’était adapté Frédéric dans son impétueuse adolescence, n’ouvrit pas seulement à l’être humain le chemin dans la décadence et l’anéantissement de soi, mais au contraire, pareillement tout autant, le discernement sur son caractère de grandeur. Ce caractère de grandeur ne doit pas seulement être pécheur, il peut aussi être légitime : si, ensuite, il n’oublie jamais dans son débordement, que c’est devant Dieu, duquel il a reçu ses énergies, qu’il est redevable de son engagement pleinement responsable de ces énergies. Le dernier cours de l’histoire qu’engagea Frédéric dans cette guerre archétype du modernisme, en est l’exemple éternel : à la fin l’être humain paraît et se tient devant Dieu, seul. Sur cette situation unique, son action est exposée dès le début ; laquelle ne doit pas être oubliée, dans tout ce qu’il fait.

La version originale allemande de cet essai a paru dans la revue “Die Drei”, janvier 2014. Traduction française par Daniel Kmiecik.

Image: Frédéric le Grand écoute le Tedeum de Graun. Peinture par Arthur Kampf, vers 1900.

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Essay, Geschichte, Historischer Essay, Philosophie, Politik und Gesellschaft

Die große Umwälzung. Friedrich der Große und die Epochenscheide 1763

Ein Vierteljahrtausend liegt zwischen dem Ende des Siebenjährigen Krieges im Jahr 1763 und heute. In diesen 250 Jahren hat sich die Welt weiter entwickelt als jemals zuvor

In unserer jubiläenfrohen Zeit hat ein Datum erstaunlich wenig Beachtung gefunden: der Friede von Hubertusburg, mit dem vor zweihundertfünfzig Jahren, im Jahr 1763, der Siebenjährige Krieg zu ende ging. Damals endete nicht nur der Selbstbehauptungskampf Preußens und seines großen Königs; damals endete auch nicht nur die Auseinandersetzung zwischen England und Frankreich um die Vorherrschaft in den Kolonien und auf den Weltmeeren: nein, damals ging eine Epoche zu ende, damals begann ein neuer Zeitabschnitt, in dessen Schatten wir heute immer noch stehen. In diesem Vierteljahrtausend zwischen 1763 und 2013 hat sich die Welt radikaler verändert als in allen Jahrhunderten zuvor. In diesem Vierteljahrtausend werden die Grundlagen des modernen Staatensystems gelegt, die Grundlagen der modernen Wirtschaft, die Grundlagen unseres Denkens, unserer Moral, unserer Religion. Das Jahr 1763 läutet das Ende der Neuzeit ein; 1763 ist der vorgezogene Beginn der Moderne; unter allen Jubiläen, die im vergangenen Jahr begangen wurden, ist dies das eigentlich wichtige und entscheidende.
Es beginnt relativ harmlos und romantisch: am 30. März 1763 kehrt Friedrich II., König von Preußen, nach sieben Jahren Krieg endlich in seine Hauptstadt Berlin zurück. Als er an der Stadtmauer eintrifft und der Magistrat ihn bittet, in den für ihn bereitgestellten Prunkwagen umzusteigen, um die Huldigungen der jubelnden Bevölkerung entgegenzunehmen, weigert er sich. Friedrich möchte an diesem Tag allein sein. Sein Biograph Franz Kugler hat die denkwürdige Szene überliefert:

„Es wird erzählt, daß sich Friedrich, bald nach seiner Ankunft, nach Charlottenburg begeben und Musiker und Sänger ebenfalls dahinbestellt habe, mit dem Befehl, das Tedeum von Graun in der Schloßkapelle aufzuführen. Auf solche Anordnung habe man dem Erscheinen des gesamten Hofes entgegengesehen. Aber der König sei ohne Begleitung in die Kapelle eingetreten, habe sich niedergesetzt und das Zeichen zum Anfange gegeben. Als die Singstimmen mit den Worten des Lobgesanges eintraten, habe er das Haupt in die Hand gestützt und geweint.“

Am Beginn der Moderne stand die Melancholie. Am Beginn des Fortschritts stand die Resignation. Friedrich, der wie so viele seinesgleichen ein gespaltenes, aber intimes Verhältnis zu Gott und zum anderen Leben hatte, hätte glücklich und zufrieden sein können mit dem, was er in den sieben Jahren Krieg durch eigene Leistung ebenso wie durch Glück erreicht hatte; er war es nicht. Er war in diesem Augenblick, nicht anders als ein heranwachsender Junge, zu erschlagen von der Isolation, die de Preis seines Ruhmes und seiner Macht gewesen war. Er war spätestens seit diesem Augenblick ein unglücklicher Mensch.
Doch die Geschichte nahm auf das private Unglück eines in sich Zerrissenen keine Rücksicht. Tatsächlich hatte Friedrich mit seinem Sieg eine Entwicklung angestoßen, in deren Strom wir noch heute stehen. Russland, das im letzten Augenblick die Seiten gewechselt und Preußen dadurch das Überleben gesichert hatte, trat ein in den Zirkel der europäischen Großmächte; Deutschland wurde, wenn auch in preußischer Gestalt, vom Spielball zum Spielmacher der europäischen Politik und ist an diesem Ziel unter der Regierung Angela Merkels, wenn auch über Umwege, endlich angekommen; die britischen Kolonien in Amerika wurden durch den Einsatz, den sie für ihr Mutterland im Kampf gegen Frankreich gebracht hatten, so selbstbewusst, dass sie zehn Jahre später die Unabhängigkeit einforderten und auch erreichten; und in Frankreich waren die wirtschaftlichen und politischen Wirkungen der doppelten Niederlage derart verheerend, dass die Revolution nur noch eine Frage der Zeit war. All das waren die unmittelbaren Konsequenzen des Siebenjährigen Krieges.
Uns Heutigen fällt es nicht leicht, uns zu vergegenwärtigen, dass die Wurzeln unserer Epoche in einer Zeit liegen sollen, die von unserer nicht nur formell, sondern vor allem lebensweltlich fast so weit entfernt scheint wie das Mittelalter oder gar das Altertum. Und wenn man auf das Alltagsleben sieht, so befand sich die westliche Welt 1763 ja auch noch tief im Mittelalter. Doch es war eben auch das indirekte Geburtsjahr der Industrialisierung. England war nun die Weltmacht Nummer eins, und nur sechs Jahre später, genau zweihundert Jahre vor der Mondlandung, wurde die Dampfmaschine erfunden, der Grundstock der modernen Wirtschaft und des modernen Wohlstands.
Tatsächlich liegen die Wurzeln unserer heutigen Welt in diesem Jahr. Friedrich, der ein Leben lang den Widerspruch zwischen Introversion und Extroversion, zwischen Weltverneinung und Weltbejahung, zwischen Fortschritt und Beharren nicht auflöste, sondern in der Zerrissenheit verharrte, wurde mit seinem politischen Handeln und seiner geistigen Figur als aufgeklärter, freiheitsliebender Fürst zum Motor der modernen Entwicklung. Als er, der mit den Worten Jacob Burckhardts rittlings auf der Scheide zwischen zwei Zeiten saß, 1786 in Schloss Sanssouci starb, dauerte es nur noch drei Jahre, bis in Frankreich die Revolution ausbrach, in der das Volk in corpore zum ersten Mal erfolgreich seinen Willen artikulierte: nämlich teilhaben zu wollen am Wohlstand, der überhaupt erst die Basis ist für ein erfülltes Leben im Diesseits. It’s the economy, stupid: die Parole der Clinton-Ära in den 1990er Jahren könnte genauso gut als Leitspruch über den fünfzehn Jahren zwischen 1774, dem Beginn des amerikanischen Unabhängigkeitskrieges, und 1789, dem Jahr des Ausbruchs der Französischen Revolution, stehen.

Das Jahr 1763 nimmt in der Topographie der Jahreszahlen eine merkwürdige Schlüsselposition ein. Fünfzig Jahre trennen es von 1813, dem Jahr der Befreiung von Napoleon, dem Jahr der Völkerschlacht, hundert Jahre von 1863 – da war Otto von Bismarck gerade ein Jahr preußischer Ministerpräsident –, hundertfünfzig Jahre von 1913, dem letzten Jahr der Neuzeit, zweihundert Jahre schließlich von 1963, dem Jahr, in dem Kennedy ermordet wurde – ein Mord, der die Götter gnädig stimmen sollte, auf dass der Kalte Krieg kalt bliebe und nicht ausartete in die Apokalypse, die damals alle Welt Jahr für Jahr ängstlich erwartete. 1763: das Jahr, in dem in dem kleinen kursächsischen Jagdschloss Hubertusburg zwischen den beiden ausgepowerten Kontrahenten Preußen und Österreich, zwischen Kaiserin und König der lang ersehnte Friede geschlossen wurde, entpuppt sich in der Rückschau aus zweieinhalb Jahrhunderten Entfernung als die Benchmark, der Angelpunkt, von dem aus die Weltgeschichte einen anderen, neuen Gang nehmen sollte.
Der siebenjährige Krieg ragt aus der endlosen Serie kriegerischer Auseinandersetzungen, die die europäische Geschichte bis 1945 bedeutet, insofern heraus, als sich hier provinzieller Kabinettskrieg und weltpolitische Auseinandersetzung miteinander vereinigten. Denn der dritte Krieg um Schlesien war zuerst einmal nichts anderes als der Versuch Österreichs unter seiner Herrscherin Maria Theresia, die von Friedrich geraubte Provinz wieder zu erobern und zugleich den drohenden Konkurrenten aus dem Norden auf den Rang einer drittklassigen Macht zurückzustufen. Durch den „Umsturz der Koalitionen“ 1756, als sich Frankreich mit seinem alten Erbfeind Österreich, England aber mit dem jungen Preußen verbündete, wurde der Regionalkonflikt zum Weltkonflikt. Frankreich befand sich dabei von Anfang an in der schwächeren Position, denn die Tatsache, dass es eine Kontinentalmacht und militärisch und wirtschaftlich auf dem Kontinent engagiert war, verminderte seinen internationalen Aktionsspielraum erheblich. England aber war seit den Tagen seiner jungfräulichen Königin Elisabeth, seit den Tagen Francis Drakes, dieses Raubritters der Weltmeere, die ungeschlagenen Handelsmacht Nummer eins.
Brandenburg-Preußen wiederum befand sich bei Beginn des Siebenjährigen Krieges in der Hochphase seiner inneren und außenpolitischen Konsolidierung. Was es in den letzten hundert Jahren geworden war, verdankte es der schieren Willenskraft der vier Herrscher, die es bis dahin regiert hatten. Nun war Friedrich an der Reihe, der zweite seines Namens nach seinem Großvater Friedrich dem Ersten, der 1701 durch diplomatisches Geschick die Königskrone an Preußen gebracht hatte. Friedrich II. war von dem Ehrgeiz besessen, sich einen Namen in der Weltgeschichte zu machen, und er war erfüllt von einer unbändigen Willenskraft, die ihr Widerlager in einem seltsam modernen, freiheitlichen Individualismus hatte. In zwei kurzen, schnellen Kriegen hatte er Schlesien, eine reiche Provinz, an sich gerissen und als seinen Besitz gegen Maria Theresia verteidigt. Den dritten Krieg, der sich seit dem Ende des zweiten längst angebahnt hatte und 1756 ausbrach, hatte er nicht gewollt, so wie er überhaupt außenpolitisch seltsam ambitionslos, ja: apathisch geworden war. Er musste gleichsam hineingetrieben werden durch die Umstände: Friedrich mochte noch so oft beteuern, dass er saturiert sei; dass es ihn nicht nach noch mehr Eroberungen gelüste; dass er in friedlicher Koexistenz mit den anderen europäischen Mächten zu leben gedenke: man glaubte ihm nicht. Man sah in ihm eine Bedrohung, einen Revolutionär, der ganz Europa in den Strudel einer Entwicklung zu reißen drohte, die unumkehrbar sein und die das Ende aller hergebrachten geistigen und politischen Systeme bedeuten würde.
Es gehört zu den großen Paradoxien der Weltgeschichte, dass die entscheidende Entwicklungsphase, die auf unsere Gegenwart hinführt, angestoßen wurde von zwei Bündnispartnern, die gegensätzlicher nicht sein konnten. Hier England, das längst keine absolute Monarchie mehr war, sondern ein Staat, der von reichen Handelsleuten und Großgrundbesitzern regiert wurde; dort Preußen, ein bei aller Aufgeklärtheit und Toleranz zutiefst monarchischer, ja: despotischer Staat mit einem König an der Spitze, der per Kabinettsorder herrschte und der viel mehr ins Altertum, vielleicht noch ins Mittelalter passte als in die langweilige Gewöhnlichkeit des Achtzehnten Jahrhunderts. Ein echter Heerkönig noch, der nie aus dem Sattel kam und dennoch 121 Flötensonaten komponierte; ein Literat auf dem Thron, ein Freimaurer und Geisterseher, der seine Spiritualität hinter gereimten Spottversen versteckte und der durch einen grausamen Vater zur absoluten Selbstverleugnung erzogen worden war.
Dieser Friedrich stand sein Leben lang in einem merkwürdig zwiegespaltenen Verhältnis zur Geschichte, das heißt: zur Geschichtlichkeit des Menschen überhaupt. Mit dem einen Teil seiner Seele wäre er am liebsten in einer fiktiven Aetas aurea geblieben, einem vor- und außerhistorischen Bezirk, wie ihn die bukolische Lyrik der alten und neuen Klassiker besang, fern aller Zwänge, fern aller Bedingtheiten und Verpflichtungen; der andere Teil aber glühte vor Tatendurst, vor Eifer nach Ruhm und Eroberung, nach Selbstbewährung im kriegerischen Extrem. Aristoteles und Alexander gingen in diesem feuerköpfigen, irgendwie alters- und geschlechtslosen Fürsten aus einer ursprünglich gänzlich unbedeutenden süddeutschen Adelsfamilie eine außergewöhnliche Liaison ein. Wenn in irgendeiner, dann schlugen in seiner Brust zwei Seelen.
Dieser Friedrich also verbündete sich in der Konvention von Westminster 1756 mit England, dem reichsten und wohl auch mächtigsten Staat der Erde, um seinen schlesischen Besitz zu verteidigen. Binnen weniger Monate standen die Koalitionsverhältnisse fest: hier Preußen und England, dort Österreich, Frankreich und Russland, flankiert von den beiden kleineren Mächten Sachsen und Schweden. Aus der preußisch-englischen Koalition gingen die Kräfte hervor, die nicht nur Europa und die Welt ordnen sollten, sondern in deren Wechselspiel sich die Weltgeschichte bis 1945 vollziehen sollte. Es waren englische und preußische Truppen, die 1757 vereint in Norddeutschland kämpften; die 1815 bei Waterloo Napoleon bezwangen; die sich in der Zeit der Flottenrüstung um 1900 aggressiv belauerten; die schließlich in den Materialschlachten des Ersten Weltkriegs aufeinandertrafen.
Der Sieg im Siebenjährigen Krieg – das kann man jenseits aller Legendenbildung nüchtern feststellen – ebnete den Weg Preußens zur Führungs- und Einigungsmacht Deutschlands. Friedrich, das wissen wir, hielt nichts von dem Gedanken eines unitarischen deutschen Staates, und das wäre auch in Zeiten des Heiligen Römischen Reiches mit seinen dreihundert souveränen Territorien undenkbar gewesen; aber Preußen konnte sich, so oder so, seiner Aufgabe nicht entziehen, und sah die Welt nur einhundert Jahre später Otto von Bismarck als frischgebackenen preußischen Ministerpräsidenten, der die Einigung Deutschlands unter dem König von Preußen mit Macht und List vorantrieb. Das Deutschland, das 1871 im Deutsch-Französischen Krieg geschaffen wurde, war ein Preußen-Deutschland, und Friedrich hatte dazu, sicher nicht beabsichtigt, den Grundstein gelegt.

So entstand aus einer Beinahe-Niederlage – am Ende entschied der Wechsel Russlands ins preußische Lager den Krieg – auf lange Sicht das Deutschland, das künftig von Europas Mitte aus die Geschickte des Kontinents erst beeinflussen, dann dominieren sollte. Auf der anderen Seite aber leitete der Sieg Englands über Frankreich seinen langsamen Abstieg ein. Denn er Sieg in Amerika gab den britischen Kolonien erst das Selbstbewusstsein, sich gegen das Mutterland aufzulehnen und, als Preis für ihr Standhalten gegen die Franzosen, das Recht auf Selbstbestimmung und Selbstverwaltung einzufordern. 1763, nicht 1776 ist das eigentliche Geburtsjahr der amerikanischen Unabhängigkeit. Die Vormachtstellung der USA als wirtschaftliche und dann auch politische Führungsmacht der Welt ging hervor aus dem kolonialen Nebenkriegsschauplatz eines klassischen kontinentaleuropäischen Kabinettskriegs. Hier das kleine Preußen, das ohne seinen Fürsten Friedrich niemand von den Großen politisch ernst genommen hätte; dort die amerikanische Ostküste, für Europäer eine halbe Wildnis, aber mit dem Sendungsbewusstsein von Seefahrern und Siedlern, die den britisch-französischen Zwist zum Anlass nahmen, sich auszuklinken aus der Abhängigkeit von den überkommenen europäischen Konstellationen und einen dritten, ihren eignen Weg zu gehen.
Preußen und Amerika – dieses merkwürdige, so gegensätzliche Zweiergespann steht 1763 am Anfang einer globalen Entwicklung, die nun ein Vierteljahrtausend alt ist. Durch Preußens Energie ging Europa endlich aus der mittelalterlichen Beschaulichkeit über in den angespannten Aktivismus der Moderne. Man kann sich das sehr gut veranschaulichen an den drei externen Wirkungen, die Preußens Sieg hatte.
Erstens: Österreich, der erste Vielvölkerstaat Europas, verliert seine Vormachtstellung in Mitteleuropa. Österreich, diese erste Staatsnation der Geschichte, diese Bewahrerin byzantinischer Gelassenheit, ein Staat, der westliche, slawische und orientalische Kultur zusammenführte, die legitime Nachfolgerin des Oströmischen Reiches, deren Herrscher nicht durch Zufall Träger des römischen Kaisertitels geworden waren und es seit dem 15. Jahrhundert, seit dem Fall Konstantinopels, in ununterbrochener Reihe waren. Österreich, genauer: die Habsburgischen Lande – denn es war ein dynastischer Territorialverbund ohne zentrale konstitutionelle Form –, war in seiner unorganisierten Vielfalt – geistig, wirtschaftlich, sozial und auch politisch – ein einmaliges Konstrukt, das in seiner schillernden Proteushaftigkeit, seiner merkwürdigen Melange aus altertümlicher Provinzialität und dynamischer Fortschrittlichkeit den Charakter des alten Europas, sein antikes und mittelalterliches Erbe ideal abbildete. Der Geist, der von Österreich ausging: das gesicherte, behagliche Beharren beim Alten: dieser Geist wurde durch Friedrich mit ungewollter Brutalität zerstört. An seine Stelle trat der Geist des vorwärtsstürmenden, alles infragestellenden und umwerfenden Protestantismus.
Zweitens: Russland wird auf den Plan gerufen. Der Aufstieg Russlands nicht nur zum anerkannten Mitglied des europäischen Mächtekonzerts, sondern zum Tonangeber in der europäischen Politik datiert von 1763. Solange Russland Preußen vernichten wollte, blieb es erfolglos; aber sofort nach dem Bündniswechsel 1762 wird klar, dass mit dem slawischen Riesenreich im Osten künftig gerechnet werden muss. Friedrich, der sein Leben lang den Westen, die französische Kultur, das burgundische savoir-vivre liebte (man darf nicht vergessen, dass er Hannöversche und niederländische Vorfahren hatte), verdanke sein politisches Überleben einer Macht, die er von Herzen verachtete, die ihm wesensmäßig fremd war; ohne die Preußen aber nichts war. Und so wurde Russland zur Schutzmacht Preußens und Deutschlands: 1763, 1806 und 1813, und wieder in den Bismarckschen Einigungskriegen, als der Zar Alexander im Osten Preußen den Rücken freihielt. Und selbst in den beiden Weltkriegen war es Russland, das einmal durch seine Niederlage 1917, dann durch seinen Sieg 1945 dafür sorgte, dass Deutschland erhalten blieb. Russlands Macht, die heute deutlicher dasteht denn je, ist ein Ergebnis von 1763, ein Ergebnis des friderizianischen Kampfes um Selbstverwirklichung, der ausuferte in eine politische Impulsgebung, die die Welt erschüttern und für immer verändern sollte.
Drittens schließlich: das Erwachen des französischen Volksgeistes durch die Revolution. Friedrich, selber ein Landesherr alter Schule, ein Chevalier auf dem Thron à la française, war nichts fremder als der Geist der Revolution. Nicht aus Mangel an sozialem Gewissen – davon hatte er sehr viel, mehr als die meisten seiner Standesgenossen; sondern aus Furcht vor Veränderung, aus Horror vor der Verwirrung der Gefühle und der Systeme, aus Liebe zur Ruhe, zur paradiesischen Ordnung, zur Harmonia caelestis. Friedrich liebte das und fühlte mit dem Volk; aber er verabscheute, aus ödipaler Befindlichkeit ebenso wie aus quietistischem Gewissen, die Unruhe, die Auflösung. Doch genau dieser Friedrich zerstörte, nolens volens, mit seiner feurigen, merkwürdig überweltlichen und ursprünglichen Aktivität die romantische Ruhe in Europa, und er zerstörte das innere Gleichgewicht der französischen Nation. Als die französischen Truppen geschlagen von Rossbach heimkehrten – es war 1757 –, begann es in Frankreich zu bröckeln. Der Krieg hatte das Land, das zwar reich, aber seit Ludwig dem Vierzehnten auch ständig verschuldet war, noch einmal bis ins Extrem strapaziert; diesmal sollte sich der Bogen nicht weiter spannen lassen. Der Samen der Revolution und ihres Erfolges wurde gelegt, als das Volk, der Dritte Stand, einen Verbündeten fand im französischen Adel, dem nach dem verheerenden Scheitern der königlichen Machtpolitik im Siebenjährigen Krieg die letzten Illusionen über den Absolutismus geraubt wurden. Adel und Teile des Hochadels, allen voran das Haus Orléans, gehörten zu den heißesten Bewunderern Friedrichs, des schneidigen, heroischen „Markgrafen von Brandenburg“; und sie gehörten dreißig Jahre später zu den wichtigsten Verbündeten der französischen Unterschicht im Kampf um Freiheit und Gleichheit. Lion Feuchtwanger hat in seinem Rousseau-Roman „Narrenweisheit“ die Verflechtung zwischen aufgeklärter französischer Aristokratie und revolutionärem Volk mit feiner Einfühlungsgabe nachgezeichnet.

So hat Friedrich von Preußen, der Jüngling-Vater auf dem Thron, dieses unmännliche Musterbild von einem Mann, dieser väterliche Muttersohn, dieses Ebenbild von einem Monarch, ohne es zu wollen eine dreifache Revolution angestoßen: eine politische, eine soziale und eine wirtschaftliche Revolution. Politisch durch die Erstarkung Deutschlands und das Hereinholen Russlands in die Pentarchie. Sozial durch die Zündung des revolutionären Gedankens in Frankreich. Wirtschaftlich aber durch das Bündnis mit England, aus dem mittelbar die Unabhängigkeit der Vereinigten Staaten erwuchs, mit denen er übrigens als erster europäischer Monarch 1785 ein Bündnis schloss. Der russisch-amerikanische Gegensatz, der das 20. Jahrhundert bestimmte, nahm von diesem Datum aus seinen Ausgang, und ebenso die Demokratisierung der Welt, die 1789 losgetreten wurde, nachdem das französische Königtum mit der Niederlage im Siebenjährigen Krieg seine Bankrotterklärung abgegeben hatte.
Alle Entwicklungen, die unsere Gegenwart unmittelbar geprägt haben, haben sich in diesem Vierteljahrtausend zwischen 1763 und 1813 vollzogen: die territoriale Konsolidierung Mitteleuropas mit einem einigen, dominanten Deutschland; die industrielle Revolution; die Philosophie der Aufklärung; die Parlamentarisierung und Demokratisierung, die nach und nach alle europäischen Staaten erfasst hat. Zugleich aber bedeutete 1763 – und Friedrich wird das geahnt haben – auch den Abschied von der Ruhe und Beschaulichkeit Alt-Europas; den Verlust der Geborgenheit im Mutterschoß des Glaubens, des blinden, religiösen Weltvertrauens, das seit der Christianisierung Europas in der ausgehenden Antike über die Stürme des Mittelalters mehr oder weniger ungebrochen gegolten hatte. 1763 ist das Datum, den dem Alt-Europa beginnt, keine Heimat mehr zu sein, an dem die Europäer anfangen, ihre Heimat zu verlieren.
Die territoriale Entgrenzung, die damit einsetzt, dass Europas atlantische und asiatische Flanke geöffnet wird, bewirkt die Entgrenzung der Emotionen und des Geistes. Das ist immer so, ob im persönlichen Leben oder im Leben der Menschheit. In jeder Biographie Immanuel Kants ist zu lesen, dass das aufgeklärte Königsberger Geistesklima, das sich so abhob von dem Zustand im restlichen Preußen, mit der territorialen Offenheit der Hafenstadt Königsberg zusammengehangen habe. Nun, in genau dieser Lage befindet sich Europa 1763 mit der Öffnung seiner Flanken nach West und nach Ost. Russland galt unter Peter dem Großen, der auch noch aus einer indigenen russischen Familie stammte, noch als barbarisches Land; die Gebildeten, wie Friedrich selber, sprachen in Anspielung auf das Exil des Dichters Ovid in der römischen Kaiserzeit von den „Geten und Sarmaten“. Unter Peter von Schleswig-Holstein-Gottorf, dem dritten Herrscher seines Namens, avancierte Russland zum akzeptierten europäischen Player. Jeder Konflikt seither, bis in unsere Tage, konnte nicht ohne das Zutun Russlands entschieden werden, und Europa fand in diesen zweihundertfünfzig Jahren zu jenr alten eurasischen Einheit Schritt für Schritt wieder, die einst im Altertum bestanden hatte und dann durch die Teilung Roms und den christlichen-orientalischen Gegensatz verloren gegangen war.
So wie im Osten Eurasien wieder zusammenfand, so geschah es im Westen, glaubt man der Ontologie der Territorien, mit Atlantis. Durch den Siebenjährigen Krieg rückte Amerika, dieses merkwürdige, fremde und ungeheuerliche Ungetüm im Westen, mit ungeheurer Macht ins Bewusstsein der Europäer, dieser trägen Landbevölkerung mit ihrem Kirchturm- und Serenissimus-Horizont. Der alte Bruch zwischen Europa und Amerika beginnt zu heilen, um den Preis freilich, dass in Europa selber das Bewusstsein der Geschlossenheit und Geborgenheit aufbricht, um schließlich unwiederbringlich zu zerbrechen. Die „Weltpolitik“ hält Einzug in Europa, und damit „Welt“ als politische Kategorie überhaupt. Die Moderne, die die Geschichtswissenschaft traditionell mit dem Jahr 1789 beginnen lässt, wirft ihre Schatten voraus, und man spürt, dass es mit der Behaglichkeit und Beschaulichkeit des alteuropäischen Daseins bald aus sein wird.
Sozialgeschichtlich mag 1789 den Anbruch der Moderne markieren; politisch ist es 1763, und nicht zu Unrecht haben Historiker immer wieder den Siebenjährigen Krieg als ersten eigentlichen Weltkrieg in der Geschichte bezeichnet. Und es ist bezeichnend, dass in diesem Augenblick die klassischen europäischen Mächte, England, Frankreich und das Haus Habsburg, anfangen, ihre hergebrachte Vormachtstellung einzubüßen. Man hat den Siebenjährigen Krieg gern als Beginn der englischen Dominanz in der Weltpolitik, als eigentliche Geburtsstunde des Empire angesehen; in Wahrheit war es der Beginn seines Untergangs. Die Energien, die im Krieg in Amerika freigesetzt wurden, lehrten die Kolonien überhaupt erst, nach Unabhängigkeit zu streben, ein eigenes Staatengebilde aufzustellen, das vom europäischen Modell grundverschieden sein sollte, und doch dessen Urmotiv: das Streben nach Macht und Ausdehnung, eins zu eins übernehmen und perpetuieren sollte. –

Freilich: das andere Urmotiv Europas wurde damals zu Grabe getragen: das war die Ruhe, der himmlische Friede, die Ordnung der Gestirne, die die europäische Monarchie seit Kaiser Konstantin über Karl den Großen bis hin zu Karl V. und Philipp II. auf Erden abzubilden gehofft hatte. Es war eine quietistische Ordnung gewesen, eine Ordnung der Ruhe, des Rückzugs, der Innerlichkeit und Introversion. Eine Ordnung, die Franz Grillparzer exemplarisch in die Worte fasste, die er in seinem „Bruderzwist“ Kaiser Rudolf II. in den Mund legte:

„Ich glaub an Gott und nicht an jene Sterne,
Doch jene Sterne auch sie sind von Gott.
Die ersten Werke seiner Hand, in denen
Er seiner Schöpfung Abriß niederlegte,
Da sie und er nur in der wüsten Welt.
Und hätt’ es später nicht dem Herrn gefallen,
Den Menschen hinzusetzen, das Geschöpf,
Es wären keine Zeugen seines Waltens,
Als jene hellen Boten in der Nacht.
Der Mensch fiel ab von ihm, sie aber nicht,
Wie eine Lämmerherde ihrem Hirten,
So folgen sie gelehrig seinem Ruf
So heut als morgen wie am ersten Tag.
Drum ist in Sternen Wahrheit, im Gestein,
In Pflanze, Tier und Baum, im Menschen nicht.
Und wer’s verstünde still zu sein wie sie,
Gelehrig fromm, den eignen Willen meisternd,
Ein aufgespanntes, demutvolles Ohr,
Ihm würde leicht ein Wort der Wahrheit kund,
Die durch die Welten geht aus Gottes Munde.“

Die Frühe Neuzeit, also der Zeitabschnitt zwischen der Entdeckung Amerikas 1492 und dem Ausbruch der Französischen Revolution 1789, war gekennzeichnet von dem Bemühen, die Geschlossenheit und Ordnung des Mittelalters um jeden Preis zu bewahren. An dieser Aufgabe war Europa mit dem Siebenjährigen Krieg definitiv gescheitert. Von nun an hielten die Triebe ungehindert Einzug in den europäischen Geist, gegen die man sich bis zuletzt verzweifelt gewehrt hatte; die das Mittelalter noch als Sünde diskriminiert und bekämpft hatte: Gier, Sucht und ein hemmungsloser, ungebremster Materialismus. Von nun an fand Europa seine Erfüllung darin, sich das Erdreich bis zum Äußersten untertan zu machen und es auszubeuten, zu Wasser, zu Lande, und bald auch in der Luft. Die ruhigen Zeiten waren vorbei; Europa geriet in den Wirbelsturm der modernen Politik, mit ihm selbst als dem Zentrum dieses Sturms.
Das Merkwürdigste an dieser ganzen Geschichte ist, dass sie final angestoßen wurde von einem Mann, der dem mittelalterlichen Traum von Ruhe, Ordnung und Beschaulichkeit näher stand, als man heute allgemein sehen will. Friedrich von Preußen, der Philosoph auf dem Thron, war innerlich zerrissen wie nur irgendeiner, der jemals ein Land geführt hat: mit dem einen Teil seiner Seele stand er in der alten Zeit, scheute zurück vor der Kraft, die in ihm selber brodelte; mit dem anderen Teil dagegen trieb es ihn vorwärts, zur Überwindung der Grenzen, zur großen Umwälzung, die er in seinem Denken antizipierte. Er war der große Zerrissene, der in Europa regiert hat. Mit der einen Seite ein Bewahrer; mit der anderen ein Revolutionär. Es war weniger sein direktes Wirken – es war die indirekte Wirkung seines menschlichen Beispiels, die die Welt veränderte.
Was mit der Annexion einer kleinen mitteleuropäischen Provinz im heutigen Polen begann, wuchs sich aus zum internationalen Krieg, an dessen Ausgang die Internationalisierung der Politik selbst stand – mit dem kleinen Preußen als ihrem Epizentrum. Es war Deutschland, von dem in Zukunft die Impulse ausgehen sollten, die die Welt veränderten. Aus dem tiefen Bewusstsein über die Ewigkeit, die Ordnung und die Ruhe heraus erwuchs eine Welt, deren höchste Werte Zeitlichkeit, Unordnung und Unruhe sein sollten. Das Zeitalter des Imperialismus begann, im übertragenen wie im Wortsinne. Die Auseinandersetzung zwischen England und Frankreich um die Aufteilung der Welt war dabei nur die äußere Form; tatsächlich zeichnete sich schon damals der Antagonismus zwischen Amerika und Russland ab. Der amerikanische und der russische Geist erwachten aus ihrer Vertiefung und wählten sich Europa zum Schauplatz ihrer Auseinandersetzung. Friedrich aber, der brandenburgische Ritter ohne Fehl und Tadel aus dem bescheidenen Geschlecht schwäbischer Burggrafen, war der Unruhestifter, der das alles angezettelt hatte. Er, der dies alles nicht wirklich gewollt hatte, entbirgt sich in der Rückschau nach zweihundertfünfzig Jahren als der eigentliche, große Impulsgeber, als der Mann, der wider seinen eigenen Willen Europa und die Welt in die Moderne führte.
Das letzte Vierteljahrtausend brachte eine Bewegung, eine Energie zum Vorschein, die die Welt bis dahin nur in den Naturreichen gekannt hatte. 1755, ein Jahr vor Ausbruch des Siebenjährigen Krieges, ereignete sich das Erdbeben von Lissabon, das die Gemüter in aller Welt bewegte, das Voltaire zur Niederschrift seines Candide veranlasste und das aller Welt noch ein mal vorführte, wie mächtig die Natur sei. Nur ein Jahr später entbrannte der Krieg, und mit ihm begann ein Zeitalter, in dem nicht mehr die Natur, sondern der Mensch selber des Menschen größter und gefährlichster Feind sein sollte – so gefährlich, dass er auf die Natur selbst Einfluss nimmt und sie in eine Richtung treibt, die die ganze Welt verderben kann. Zugleich aber ist es dieser Einfluss, der dem Menschen den endgültigen Ausweis ausstellt über seine Gottesebenbildlichkeit. Es mag paradox und wie ein Sakrileg klingen: aber der verführerische Ruf zur Freiheit, dem Friedrich sich in jugendlichem Ungestüm gefügt hatte, eröffnete dem Menschen nicht nur den Pfad in Untergang und Selbstvernichtung; sondern ebenso sehr die Einsicht in seine Grandiosität. Diese Grandiosität muss nicht nur sündhaft, sie kann auch legitim sein: dann, wenn der Mensch in ihrem Überschwang niemals vergisst, dass es Gott ist, von dem er seine Kräfte empfangen hat und dem er den verantwortungsvollen Einsatz dieser Kräfte schuldig ist. Der letzte Gang, den Friedrich in diesem Urkrieg der Moderne antrat, ist das ewige Beispiel hierfür: Am Ende tritt und steht der Mensch vor Gott, allein. Auf diese einmalige Situation ist all sein Handeln von Anbeginn an ausgelegt; dessen sollte er eingedenk sein, in allem, was er tut.

Dieser Text erschien in der Januarausgabe 2014 der Zeitschrift “Die Drei.”

Titelbild: Das Tedeum von Graun. Gemälde von Arthur Kampf, um 1900

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