Les derniers jours des Temps modernes. La première Guerre mondiale et la véritable idée d’Europe

Alors même que l’Allemagne n’avait pas plus de culpabilité dans le déclenchement de la guerre que les autres participants, c’était pourtant depuis le Moyen-Âge à la « question allemande », que l’avenir de l’Europe devait se décider, telle est la thèse de l’historien Konstantin Sakkas. L’Allemagne prit sur elle le fardeau de la culpabilité historique dans un aveuglément naïf et en même temps violent. En se laissant aller dans cette guerre dépourvue de sens, celle-ci en arriva d’abord aux « derniers jours de l’humanité » (Karl Kraus). Et nourrie à partir des vécus de cette guerre, se présente à présent devant les peuples l’idée d’une Europe sans États, apolitique, l’Europe des régions.

Voici bientôt cent ans éclatait la première Guerre mondiale, et avec elle prit fin, non seulement une époque, mais encore une ère. Ce qui vint après, ainsi l’écrivait Christian Comte de Krockow dans son étude très remarquée La décision de 19541, est encore nouveau, inconnu et innommé. Aujourd’hui nous regardons en arrière sur ces cent ans, comme le premier siècle légitime d’une époque nouvelle, d’une nouvelle ère.

La division canonique de l’histoire du monde en Antiquité, Moyen-Âge et Temps modernes, était alors comparativement un jeune topos. Ce n’est qu’en 1702 que l’érudit de Halle, Christoph Martin Keller (« Cellarius »), l’introduisit dans la connaissance ; auparavant on avait partagé l’histoire — pour la Terre elle-même, on admettait alors qu’elle consistât en 6000 ans — selon ce qu’on appelait les quatre grands empires : l’Assyrien, le Perse, le Grec et le Romain. Le pont qu’on jetait à partir de l’Empire romain, qui sombra en 476 ap. J.-C. par la seconde prise de Rome par Odoacre et la chute du dernier empereur Romulus, on le réalisait à partir de la figure du penser dite de la « translatio imperii : la remise (spirituelle) de la notion d’empire de Rome aux Francs, dont l’État, au 8ème siècle, en tant que Grand Empire d’Europe, commença à s’établir de la Bretagne à l’Italie centrale et des Pyrénées à la Saxe orientale — avec l’apogée impressionnant du sacre impérial de Charlemagne, à la Noël de l’année 800.

L’idée de ne plus se trouver au Moyen-Âge, mais au contraire dans une autre époque,  « nouvelle » justement, surgit il est vrai, tôt déjà dans les têtes des êtres humains. Jacob Burkhardt en data justement l’apparition, dans son ouvrage canonique La culture de la Renaissance en Italie, à l’aube du 14ème siècle, et dans la science historique, les courants spirituel, juridique et économique qui  avaient fait irruption depuis l’époque des Hohenstaufen, depuis le début du 12ème siècle, depuis longtemps tel un signe annonciateur évident des Temps modernes (« Renaissance du 12ème siècle » est ici, par exemple, un slogan courant). Il est vrai que le sentiment d’être des  « Temps modernes », était encore vraiment jeune en 1914 — malgré cela ces Temps modernes prirent déjà fin, justement en cette année-là, comme outre le Comte de Krockow, des penseurs comme Martin Heidegger, Hannah Arendt et Hans Blumenberg devaient aussi le voir.

Pour comprendre cela, il vaut la peine de jeter un coup d’œil sur les constellations politiques qui avaient précédé l’éclatement de la guerre. La guerre eut lieu entre les cinq grandes puissances européennes. Depuis le 18ème siècle, celles-ci étaient l’Angleterre, la France, la Russie, l’Autriche (depuis 1867 en union réelle au sein de la Double Monarchie austro-hongroise) et l’Empire allemand, qui  avait pris naissance en 1871, quasiment à partir du royaume de Prusse ; on parlait aussi de « pentarchie européenne ». S’y étaient adjoints les Etats-Unis d’Amérique, en tant que concurrent silencieux sur le champ économique mondial, avec leur déclaration d’indépendance de 1776, et selon le cas, avec leur union politique définitive de 1865. Ils ne jouèrent pourtant un «véritable » [en français dans le texte, ndt] rôle politique qu’à partir de leur entrée en guerre, en 1917. Nous avons donc au plan de la constellation à faire d’abord, en ce début de la première Guerre mondiale, à rien d’autre qu’à une réédition de l’immémorial motif européen de la guerre fratricide. Quelques dimensions essentielles on veuille aussi lui accorder, en 1914, celles-ci étaient, pour le moins au premier plan, d’ordre économique et territorial et aussi spirituelles, d’une manière certainement indéterminée. On peut dire, que toutes les commotions depuis l’époque carolingienne, et donc depuis le temps de Charlemagne, sont à ramener au fait que ce grand empire-là — auquel on s’est efforcé et qui s’est réalisé pour un temps bref — se décomposa rien qu’en États indépendants qui s’efforcèrent, à partir environ du premier millénaire après le Christ, à se développer par la force, d’abord politiquement, puis économiquement et plus tard aussi par leurs religions et idéologies.

Le jeu de quilles européen

Cette tendance devint particulièrement sensible à partir du commencement des Temps modernes, qui fut en même temps le début de ce qu’on a appelé l’inimitié germano-française. Elle commença avec la campagne italienne du roi Charles VIII de France en 1494, et s’acheva avec le Traité d’amitié franco-allemande, qu’on appelle le Traité de l’Élysée, le 22 janvier 19632 — une date vraiment récente, si l’on pense que la majorité de la population actuelle l’a encore vécue (il y a 50 ans). L’inimitié franco-allemande commença par la lutte pour la domination de cette partie de l’ancien empire de Charlemagne qui, après la mort de son fils Louis le pieux, en 840, prit naissance au Traité de Verdun en 843, comme la partie centrale de l’empire (appelée Lotharingie, à partir de 855, ndt). Elle s’étendait alors, en gros, depuis les Pays-Bas actuels — des côtes de la Mer du Nord, au travers de la Lorraine, la Bourgogne et la Provence, jusqu’au Nord de l’Italie, Milan et la Lombardie, et de là aussi, jusqu’à Rome — et cette partie centrale de l’héritage de Charlemagne, —  et même en fait depuis sa conquête par les Goths au 5ème siècle —, n’avait plus jamais retrouvé de tranquillité politique.

C’est exactement dans et autour de cette bande de régions du Nord au Sud — que les médiéviste raillent volontiers en la qualifiant de « jeu de quilles » — qu’on dut au total se battre lors de la première Guerre mondiale. Le plan de bataille allemand, qui avait été projeté, au plus tard dés les années 1890, par le feld-maréchal Alfred comte de Schlieffen, s’orientait très exactement sur ce scénario territorial : La masse de l’armée allemande était censée comprimer l’armée française dans un puissant mouvement d’encerclement en arc, de « droite » à « gauche » et donc du Nord vers le Sud, et de « la broyer » en tenaille à la frontière suisse (D’où le slogan connu, que dut avoir prononcé Schlieffen tandis qu’il agonisait dans le délire de sa fièvre : « Renforcez-moi donc l’aile droite ! »). L’arc du front à l’Ouest s’étendait de la Belgique, dont la neutralité, garantie par le droit international, fut violée d’une manière funeste par le gouvernement de l’empire (ce qui fit entrer l’Angleterre en lice, laquelle autrement serait restée très vraisemblablement neutre ; mais elle avait garanti la Belgique, réfrénant ainsi des désirs insensés d’annexion allemande), au travers des Flandres, les Vosges, la Champagne et l’ancien duché de Bourgogne (ainsi s’était appelé autrefois l’ensemble de l’empire franc médian entre l’Ouest et l’Est) jusque vers Pontarlier et la frontière suisse. En 1915, la triple alliance se décomposa — c’était une construction boiteuse d’alliance remontant aux années 1880 entre l’Empire fédéral d’Allemagne, fidèle aux « Nibelungen » et l’Autriche d’une part, et le jeune royaume d’Italie, d’autre part — et un nouveau front s’ouvrit donc directement au travers des Alpes, cette fois entre l’Autriche et l’Italie, que les Habsbourg n’avaient pas oublié depuis longtemps, puisque leur secondo- et tertio-génitures, leurs vices-rois et gouverneurs militaires, en dominaient autrefois les deux-tiers du pays. La guerre s’étendit donc passablement exactement sur la bande de ces régions, depuis les côtes flamandes de la Mer du Nord en haut, jusqu’en Lombardie en bas et les côtes de l’Adriatique, pour la possession desquelles on avait combattu de haute lutte, non seulement le petit-fils de Charlemagne au 9ème siècle ; mais encore, au tout début des Temps modernes, d’abord ce qu’on a appelé les Guerres d’Italie (1494-1558), puis les « guerres de rapine » de Louis XIV et la Guerre de succession d’Espagne (1701-1714), jusqu’aux guerres de coalition, comme on les a appelées, entre la France révolutionnaire et les vieilles monarchies européennes coalisées (1792-1814). Considérées au plan purement territorial et au plan purement européen, c’était donc en définitive l’héritage de Charlemagne, pour lequel combattirent les cinq grandes puissances européennes de 1914 à 1919.

L’homme malade sur le Bosphore

Considéré autrement, il s’agissait à vrai dire de vraiment beaucoup plus. En 1814, au moment où Napoléon, à la bataille d’Arcis-sur-Aube, fut battu par le duc autrichien Schwarzenberg et hissa le drapeau blanc, quelques semaines plus tard à Paris, l’Europe se trouvait encore structurellement profondément enfoncée dans le Moyen-Âge. Il n’y avait pas d’électricité, ni de mobilité sur rail, ni d’aviation. Par contre, en 1914, l’Europe se trouve pleinement dans le modernisme. Dans aucun siècle précédent le 19ème, il n’ y eut autant d’inventions et découvertes ouvrant autant de perspectives. Quantitativement, celles des 20ème et 21ème sont largement supérieures, mais qualitativement, dans le laps de temps entre 1814 et 1914 elles sont bien plus nombreuses et importantes qu’entre 1914 et 1963, ou bien entre 1963 et 2013. Les technologies de l’information et les structures de la redistribution du bien-être se sont en partie radicalement modifiées ; mais au plan de la mentalité, l’Europe se trouva à partir de 1945 à « l’heure zéro », dans une telle sorte de choc de stupéfaction, un sentiment de ne-plus-être-de-droit, de dépolitisation, qu’ensuite, en 1992, alors que la Guerre froide faisait désormais partie de l’histoire, Francis Fukuyama dut mettre à l’ordre du jour son fameux slogan de « la Fin de l’histoire ».3

Winston Churchill considérait, comme on le sait, l’époque qui va de 1914 à 1945, comme une seconde Guerre européenne de trente ans, lors de laquelle tout fut tourneboulé. Cette guerre de trente ans eut deux conséquences immédiates : premièrement, elle fit entrer les USA en lice, lesquels, sous peu, tant au point de vue économique que militaire, se démasquèrent vis-à-vis de l’Europe comme nettement supérieurs. Et deuxièmement, elle alla chercher l’Orient, et avec elle l’Islam, sur la scène du théâtre politique mondial. Depuis l’époque des Croisades, l’Empire turc qui devait plus tard porter le nom de son fondateur dynastique, Ottoman, s’était clandestinement préparé comme une puissance dans un ordre secret, certes selon les apparences, dirigée contre l’Europe, mais qui veillait en vérité sans cesse au moyen d’une pression extérieure à ce que l’Europe restât ensemble. Ceci se manifesta une dernière fois par cette clause de l’acte fondateur de Vienne de la Sainte Alliance, par laquelle le Sultan à Constantinople excluait son adhésion, puisqu’en effet, il n’était pas chrétien.

La totalité du pouvoir politique au 19ème siècle tourna donc autour du maintien de la Turquie, « l’homme malade sur le Bosphore. Si les Turcs s’étaient trouvés, en 1683 encore, aux portes de Vienne, et avaient alors passé pour la terreur du monde civilisé, ils se retrouvèrent alors tout d’un coup carrément sous les petits soins affectueux de la diplomatie européenne. La grande peur, qui ôtait alors le repos à tout le monde, c’était, pour préciser, qu’au Moyen-Orient, l’ancienne région géographique clef de l’Europe, les deux grands adversaires en lutte pour le « partage du monde » en vinssent à un conflit sanglant : Angleterre et Russie.

Au début du 20ème siècle encore, c’était la grande peur de l’Europe cultivée qu’ont pût en venir à une « guerre mondiale » entre les deux puissances : l’Angleterre — la mère patrie du colonialisme et à l’époque dominatrice sur le quart de la surface de la Terre — et la Russie — d’apport récent au concert des puissances européennes, qui avait élaboré son rôle de puissance secrètement protectrice de la Prusse entre 1763 et 1871. Cette dernière ne surgissait plus seulement, alors, comme protectrice du mouvement de libération panslave dans une Europe de l’Est gérée par l’Autriche, mais au contraire, elle manigançait en même temps la « libération » de ses coreligionnaires orthodoxes dans les Balkans et dans le Caucase, ce qui ne revenait à rien d’autre qu’à une expansion dans le proche et le Moyen-Orient et la Perse, précisément aux frontières de l’Inde, laquelle était la colonie royale britannique, depuis 1876, avec le statut d’Empire en titre. Ici, comme sur les Océans — la marine militaire passait alors pour une  partie d’avenir de la force militaire — on attendait le grand abordage entre l’Ours et la Baleine, entre la Russie et l’Angleterre.

L’autre conflit, qui semblait quant à lui comparablement insignifiant à côté de cela, dominait l’événement politique depuis 1871. Quand bien même violente, l’opposition germano-française semblait de ce fait résolue, de sorte que l’Allemagne sous la «  conduite » de la Prusse et d’Otto von Bismarck, était parvenue à s’unifier et à défendre avec cela les régions sur la rive gauche du Rhin. Une seule et unique épine dans le pied : les nouvelles régions du Reich, que le vainqueur de 1871 s’était réservées — une région, qui certes depuis des siècles avait été allemande, mais qui était à présent française depuis Louis XVI ; dont la population pensait et se sentait majoritairement française et, aussi malgré le traitement le plus bienveillant que lui avaient réservé les autorités allemandes, songeait à peine renoncer à sa véritable identité nationale profonde. Ici reposait la cellule souche du revanchisme français depuis 1871, et la raison pour laquelle tout simplement l’Allemagne et la France n’étaient jamais entrées dans une alliance.

 

De l’enclume au marteau — et alors ?

Au moyen de l’unification du Reich, mais aussi par le potentiel économique et militaire ainsi libéré, — l’Allemagne était, autour de 1900, la seconde puissance mondiale derrière les Etats-Unis mais devant l’Angleterre — l’Allemagne était devenue l’aiguille de la balance ; elle était devenue de facto, comme le constata Sébastien Haffner, la plus grosse puissance de l’Europe,5 et — qu’on y pense un peu ! — ceci pour ainsi dire à partir du néant, sans avoir eu le parcours historique des siècles que les autres puissances disposaient derrière elles. En 1866, il y avait encore la vieille confédération allemande, une sorte de cæcum du Saint Empire romain, avec une constitution de république princière et, par moment, 39 États membres. Cinq ans plus tard, il y eut un empire allemand. Tout un chacun, sauf la France bien sûr, voulut être associé à cet empire allemand, pour mener à bien ces objectifs respectifs. Seule l’Allemagne elle-même — et c’est ce qu’avait étonnamment et sincèrement mis en place son fondateur Bismarck — n’avait plus aucun objectif de politique extérieure ; en tout cas, du point de vue territorial, elle était effectivement « rassasiée », voire « saturée ».

Des critiques de l’Allemagne, c’est-à-dire de la Prusse, reprochaient à Bismarck, le « barbare de génie » et on lui en fait encore le reproche aujourd’hui, d’avoir été un fondateur d’agitation et d’avoir détruit l’ancien équilibre européen. Le fait est que Bismarck lui-même connaissait au mieux l’instabilité de sa construction de puissance politique : la formule proverbiale de « cauchemar des coalitions » ne devait jamais le quitter jusqu’à la fin de sa vie.

Que l’ancien prince de Bismarck fut renversé en 1890, au moyen d’une intrigue de cour et avec la connaissance et la volonté du jeune empereur Guillaume II, cela est considérée aujourd’hui chez les profanes comme chez le public spécialisé, comme une grave erreur et comme la πςώτου ψεύδοζ, qui finalement, 24 ans plus tard, mena à l’éclatement de la guerre mondiale. Ce n’est que durant ces dix dernières années que fut prudemment corrigé le jugement de condamnation, autrefois déjà canonique, visant le dernier empereur allemand, entre autres par Christopher Clark et Eberhard Straub, après que déjà dans les années 1990, l’essayiste berlinois Nicolaus Sombart avait entrepris une avancée ingénieuse dans cette direction.

Le fait est qu’au plan de la politique fédérale, l’Allemagne se retrouva en plein dilemme en 1890. Cela ne pouvait qu’aller de travers, en effet, n’était-ce avec la Russie (comme du temps de Bismarck) ou bien avec l’Angleterre (comme cela fut sans cesse favorisée par la politique anglaise avant et après Édouard VII, qui régna de 1901 à 1910). L’Allemagne était, pour la première fois dans son histoire, pour parler dans le jargon du temps de Bismarck, « d’enclume devenue marteau » — mais elle ne sut rien entreprendre avec ce marteau. Ce n’est pas l’Angleterre, mais l’Allemagne qui choisit, avec l’arrivée au pouvoir de Guillaume II, en 1888, la splendid isolation  ; elle ne pouvait pas intervenir de manière judicieuse dans les conjectures de politique mondiale de l’Angleterre et de la Russie.

Encerclement

Ainsi en vint-on, en 1907, à l’événement diplomatique que personne n’eût tenu alors pour possible : l’Angleterre et la Russie conclurent donc une alliance l’une avec l’autre, tout en étant idéologiquement aussi éloignées l’une de l’autre qu’il est pensable (l’une, une monarchie parlementaire très industrialisée ; l’autre, un état agraire autocratique, dont la révolution n’est plus qu’une question de temps). Comme toutes deux étaient séparément alliées à la France, il y eut donc la « triple Entente ». L’encerclement de l’Allemagne était achevé, ses alliés —  Autriche-Hongrie, Bulgarie et l’Empire ottoman (l’Italie, neutre changea les fronts en 1915) — n’étaient pas autour d’elle des soutiens, mais au contraire une décharge stratégique militaire durable.

Lorsqu’au 28 juin 1914, le successeur au trône de la Monarchie k.u.k., le Grand duc François-Ferdinand, lors d’une visite de manœuvre à Sarajevo, fut assassiné par des nationalistes serbes, il ne fallut que cinq semaines pour que l’Europe fût en guerre. La Bosnie et l’Herzégovine étaient, en 1908, placée sous le protectorat autrichien par décision internationale, en tout cas avec la  désapprobation de la Russie qui, depuis les jours de Catherine la Grande, avait toujours considéré les Balkans comme sa sphère d’hégémonie. La Russie était la puissance protectrice de la Serbie, cette dernière prit les dispositions nécessaires pour aller au devant de la population nationale autrichienne indignée, mais cela n’aida en rien : parmi les 26 points de l’ultimatum autrichien, adressé au gouvernement monarchique serbe, il s’en trouvait aussi deux, qu’aucun gouvernement au monde ne pût jamais accepter, sans discréditer son État. Le refus partiel et, avec cela, l’entrée en vigueur du casus belli, avait été planifié par le parti autrichien favorable à la guerre, autour du général en chef, le Feldmarschal Conrad von Hötzendorf.

Comme il fallait s’y attendre, immédiatement là-dessus, la Russie s’immisça en disant qu’une intervention militaire autrichienne contre la Serbie ne pourrait être tolérée. La saillie de la Russie fit entrer en lice l’Empire allemand, lequel s’était allié à la vie et à la mort à l’Autriche et avait délivré au gouvernement autrichien les pleins pouvoirs illimités (le fameux chèque en blanc) pour une intervention contre la Serbie — car c’est seulement avec la puissante Allemagne, économiquement forte et hautement armée, sur ses arrières que l’Autriche, démodée et arriérée, pouvait principalement oser une passe d’armes. « En larmes », comme il est rapporté, l’ambassadeur allemand à Saint-pétersbourg, Frédéric Comte de Pourtalès, transmis la déclaration du guerre allemande, le 1er août (40 jours auparavant, la Russie — qui était alors gouvernée par la dynastie allemande Schleswig-Holstein-Gottorf — et la Prusse, étaient encore des amies proches. Étant donné qu’entre la Russie et la France était en vigueur, depuis 1894, une alliance offensive et défensive, l’Allemagne prit les devants et déclara la guerre à la France le 3 août. Car on s’était déjà placé dans ce conflit insensé et cela depuis vingt ans. Ici, l’approche de cet éclatement de la guerre devient tout à fait inconcevable. Le conflit dans les Balkans — lequel, quatre ans plus tard du reste, s’achèvera avec, comme on pouvait s’y attendre, la dislocation des deux empires du Sud de l’Europe restés multinationaux : la Double Monarchie austro-hongroise et l’Empire ottoman — s’avère une simple voie détournée, afin de laisser de nouveau renaître le conflit originel France-Allemagne. Le danger du « rouleau compresseur russe », qui fut beaucoup exorcisé (de fait l’armée russe est à peine plus moderne que celle autrichienne ; en outre, le moral au combat des recrues qui souffrent beaucoup du régime tsariste, est misérable) sera stoppé à la bataille près de Tannenberg et aux lacs Masures, par la huitième armée allemande sous les ordres du Général en chef von Hindenburg, par la suite Reichpräsident. Par contre, les sept armées allemandes, qui avaient espéré prendre Paris, dont elles avaient approché de 100 km suite à une avancée fébrile, restèrent bloquées en septembre sur la Marne (« miracle de la Marne »). Avec cela, la guerre à l’Ouest, pour les deux adversaires en était arrivée au point stratégique zéro, avant même qu’elle eût correctement commencée. Il en ira ainsi quatre années durant : parfois les Français enregistrent un gain de terrain minimum, parfois ce sont les Allemands. Mais on reste pat.

La catastrophe primordiale du 20ème siècle

Toujours est-il que ce qui est décisif c’est que, depuis le 4 août, la Grande-Bretagne se trouve aussi en guerre avec l’Allemagne. Le commandement en chef des armées allemandes, pour des raisons purement stratégiques — ainsi que le prévoyait d’ailleurs le plan Schlieffen des années 1890, qui  écrasait par la force la neutralité belge — a ainsi violé la condition de l’ultimatum de la Grande-Bretagne, sous laquelle elle n’eût pas intervenu dans la guerre à l’Ouest (ce par quoi celle-ci eût été décisive pour l’Allemagne en quelques semaines). Mais les cent mille soldats britanniques qui intervinrent déplacèrent naturellement l’équilibre des forces naturellement aux détriments de l’Allemagne.

Tout le comportement de l’Allemagne dans cette guerre indique des traits d’auto-destruction : depuis le fait de prendre — sans restriction mais pas du tout nécessairement —fait et cause pour l’Autriche et sa politique d’expansion dévastatrice dans les Balkans, en passant par la violation de neutralité, l’ouverture de la guerre sous-marine illimitée en 1917 (ce par quoi les USA entreront en lice aux côtés de l’entente, jusqu’aux conditions éhontées de la paix de Brest-Litowsk, en mars 1918, par lesquelles un empire colonial est-européen était censé se créer sous la direction allemande. Un acte de brutalité, dont on interpréta la punition légitime en retour, un an plus tard à Versailles, entre temps aussi dans la recherche. Parmi toutes les puissances participantes, le Reich  allemand avait la moindre raison d’être dans la guerre et parmi tous les objectifs de guerre, les siens étaient les moins honorés par la raison et la logique.

La question de la culpabilité dans la guerre a été posée depuis la guerre elle-même, et avec insistance, comme autrement dans aucune autre guerre dans l’histoire. La première Guerre mondiale éclata, la seconde fut déchaînée — sur cette formulation l’union règne depuis longtemps dans la recherche comme dans l’opinion publique et de récentes contributions au point de vue renforcé sorties de la littérature n’y ont rien changé. La « catastrophe archétype du 20ème siècle », comme George F. Kennan caractérisa la guerre mondiale, dans une tournure fameuse, est dans sa genèse, aujourd’hui, comme il y a cent ans, un objet de fascination.

Il est vrai que tout dans l’histoire suit une logique interne conforme à l’être et d’un autre côté aussi au-delà du temps. Il ne s’agissait pas pourtant d’une  « revendication à la puissance mondiale », comme l’historien Fritz Fischer voulut le faire accroire, dans son ouvrage éponyme très controversé de 1961 ;6 mais au contraire, il s’agissait de cette logique. Selon elle, l’époque européenne aurait fait son temps. Mille cinq cent ans après la chute de Rome, les puissances européennes auraient sondé le politique dans sa pratique territoriale dans toutes les directions ; en 1914, elles se heurtaient finalement à leurs limites et il n’était que logique que la population de l’Europe du centre avec la défaite de 1918, se débarrassât  de ses monarques — rien qu’en Allemagne ceux-ci étaient au nombre de 20 princes régnants — ; car c’est le principe d’Abraham, selon lequel le prince est le berger de son peuple et s’il le mène assurément dans l’inconnu, c’est qu’il a perdu sa légitimité historique. Que les Allemands dussent se sentir dupés par leur épopée héroïque historique ; que la perte de l’empire dût activer dans les couches profondes de l’âme du peuple, un complexe du père, cela c’est une autre question.

Europe de régions

Peut-être comprenons-nous mieux le phénomène de cette guerre, qui surpasse sa propre tradition comme insensée et étrangère, si nous l’observons à partir d’une perspective d’avenir. Cent ans ne sont pas écoulés depuis, que le visage de l’Europe et du monde s’est complètement modifié. La puissance politique classique, sous le modus de son outrance erratique et infernale par le Reich allemand et deux guerres mondiales, a disparu du répertoire de la politique européenne ; et de plus, nous sommes tous entrés dans l’époque de l’économie, après qu’elle s’était déjà annoncé à l’époque de l’empire, par sa politique sociale et certes, sa circonspection pour le bien-être de ses sujets, mais tout en s’améliorant constamment même pour les classes inférieures et cela signifiait donc aussi l’exigence de prospérité et de bien-être que nous partageons désormais en Europe. Les USA et la Chine ont repris le rôle qui avait été réservé jusqu’en 1914 aux cinq grandes puissances européennes : tous deux pensent en grands projets territoriaux globaux, et activent ce qu’on caractérisait, dans les années 1850 en Europe, une « real ou Machtpolitik ». L’Europe, au lieu de cela, revient à ses anciennes racines enfouies sous le désert de mille ans d’une évolution compliquée et entortillée ; elle redevient lentement une Europe des régions.

Le caractère régional est la racine de l’élément européen. L’État universel, territorial, qui « met en caisse » [vereinnahmende] vers l’intérieur et « fait des projets à longue portée » [ausgreifende] vers l’extérieur, fut toujours quelque chose d’étranger à l’Europe, un octroi oriental, contre lequel les Grecs se sont défendus 100 ans durant, jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand importât, dans sa méditerranée natale, l’idée d’un empire universel, dans le cadre d’une entreprise géniale, aventurière et nonobstant démentielle. De la Grèce, qui devint tout à coup la région-mère des monarchies modernes,  — Alexandre Demandt  y fait très récemment allusion dans son ouvrage brillant sur Alexandre7 —, cette idée passa par Rome, dont l’empire se forma en ne se groupant pas tout autour d’une région, mais au contraire, tout autour d’une seule et unique et superbe ville (Qui cela étonne-t-il aujourd’hui que c’est là, en Italie et en Allemagne que le régionalisme est particulièrement perceptible ?), pour se perdre ensuite dans le grouillement des grandes invasions. Charles le Grand/Charlemagne, dont se réclament les deux nations-mères de l’Europe post-moderne, la France et l’Allemagne, en tant qu’identité fondatrice, restaure de nouveau l’empire, non pas originellement politique, mais au contraire bien plus comme une unité-souche d’origine. La charge nationale, politique, ne vint que se rajouter après ; depuis que chacun de ses successeurs se crut devoir, à partir de sa nationalité propre, instituer l’Europe en tant qu’État d’ensemble. L’idée archétype de l’Europe — une libre vie ensemble, les uns avec les autres, de « tribus » et avec cela aussi, de régions diverses — est tombée dans l’oubli. Elle fut revendiquée, arrondie, dérobée et de nouveau enlevée[f], 1000 ans durant.

En 1914, le château de cartes du nationalisme européen s’effondra finalement sur lui-même. Avec la première Guerre mondiale, à vrai dire, la chose n’était pas faite ; il y fallut encore des évolutions beaucoup plus épouvantables, tout au long de ce continuum de 1914 à 1945, jusqu’à ce que l’Europe martiale y épuisât enfin ses énergies autodestructrices. Mais en 1914, ce fut la première lueur, la première détonation évidente, que les peuples de l’Europe étaient sommés par le fait qu’ils sont  frères, et non pas concurrents et que l’époque de la guerre fratricide touchait à sa fin.

Aussi n’est-ce pas un hasard — comme d’ailleurs principalement rien n’est « fortuit » dans le grand arc du temps que nous avons coutume d’appeler « histoire », — que cette « grande guerre », comme l’appellent toujours et encore Français et Anglais, avec une clairvoyance pathétique, se déroula principalement sur des champs de bataille de cette bande des régions qui s’étendent d’Ostende aux Alpes ; entre la Belgique, le plus jeune, et la Suisse, le plus ancien État neutre en Europe du Centre, dont le second devint, après la première Guerre, le Siège de la SDN, tandis que dans le premier, après une seconde Guerre encore bien pire, siégea l’Union Européenne. L’idée européenne — l’éloignement du national, l’atténuation du politique, la cession à l’individu de l’idéal d’unité centrale et d’unité, de la totalité : sur les champs arrosés de sang de la première Guerre mondiale, qui révéla au grand jour toute la barbarie et toute l’absurdité de la guerre dans son aveuglante absence de fioritures, cet idéal entama sa métamorphose en chrysalide, au milieu des peines et des convulsions.

Le rôle double que l’Allemagne y joua ici n’est pas étonnant, mais au contraire, conséquent. Quoique formellement — c’est ce qu’a montré d’une manière impressionnante la recherche des années passées — l’Allemagne n’a ni plus ni moins de culpabilité que les autres participants dans le déclenchement de la guerre (et avait nonobstant elle-même la moindre raison pour cela) ce fut pourtant la « question allemande », celle qui remontait au moyen-âge, voire en effet déjà au temps des Romains, à laquelle dut se décider l’avenir de l’Europe. L’Allemagne prit sur elle le fardeau de la culpabilité historique avec un aveuglement funeste, puéril et en même temps brutal : se laisser aller à cette guerre la plus dépourvue de sens de toutes les guerres, à en faire d’abord ce qu’elle devint : à savoir les « derniers jours de l’humanité » (Karl Kraus). Au point qu’à la fin, se trouve seulement désormais devant ses peuples, sans autre alternative, l’idée d’une Europe sans états, apolitique, l’Europe des régions, l’Europe de la fraternité, comme seule l’expérience de cette guerre a pu l’imprégner dans les esprits.

La fausse forme dut être brisée avec violence, pour que la bonne forme intérieure, la pure matière, en vint à se déployer ; l’idée archétype mythique de la Pax Europaea, de la paix européenne.

© Konstantin Sakkkas

Le texte précédant a paru dans le numéro 10/2013 du journal Die Drei.

Traduction française: Dr. Daniel Kmiecik, Paris

Header: Parade des troupes grècques lors de la fête de victoire alliée, Paris, 14 juillet 1919.

 

Notes :

  • Christian Compte de Krockow : La décision. Une investigation sur Ernst Jünger, Carl Schmitt, Martin Heidegger (Thèse 1954, Stuttgart 1958.
  • Le traité de Locarno, que Gustave Stresemann et Aristide Briand signèrent en 1935, ne compte pas ici, car l’atmosphère fondamentale de revanche entre les deux nations en resta intact.
  • Francis Fukuyama : La fin de l’histoire. Où nous trouvons-nous ? Munich 1992.  Il se peut qu’on rétorque que l’époque de la Guerre froide était une moment d’extrême charge politique et fut bel et bien politique avec cela ; nonobstant, l’atmosphère fondamentale en Europe occidentale, en particulier depuis l’apparition de la culture pop moderne, dans les années 50 et 60, de décennie en décennie plus impolitique.
  • Une anecdote illustre très joliment cela de l’époque impériale. Guillaume II se laissa coiffer par un barbier alsacien, à l’occasion d’une manœuvre. L’empereur fut très satisfait du travail de cet homme et lui dit qu’il pouvait exprimer un vœu. Le coiffeur rétorqua, dans une attitude militaire et comme sous la menace d’un pistolet : « Majesté, rendez-nous l’Alsace-Lorraine ! »
  • Sébastien Haffner : Remarques au sujet d’Hitler, Francfort sur le Main 1978.
  • Fritz Fischer : Revendication à la puissance mondiale. L’objectif politique de guerre de l’Allemagne impériale 1917/1918, Düsseldorf 1961, 2009.
  • Alexander Demandt : Alexandre le Grand, Munich 2013.

 

Die letzten Tage der Neuzeit. Der Erste Weltkrieg und die eigentliche Idee von Europa

Vor bald hundert Jahren brach der Erste Weltkrieg aus, und mit ihm endete nicht nur eine Epoche, sondern ein Zeitalter. Was danach kam, so schrieb Christian Graf von Krockow in seiner vielbeachteten Studie „Die Entscheidung“ von 1954, ist noch neu, unbekannt und unbenannt. Wir Heutigen blicken auf diese hundert Jahre zurück als auf das erste vollbürtige Jahrhundert einer neuen Zeit, eines neuen Zeitalters.

Die kanonische Dreiteilung der Weltgeschichte in Altertum, Mittelalter und Neuzeit war dabei ein vergleichsweise junger Topos. Erst im Jahr 1702 führte ihn der Hallenser Gelehrte Christoph Martin Keller („Cellarius“) in die Wissenschaft ein; zuvor hatte man die Geschichte – von der Erde selbst nahm man damals an, sie bestünde seit sechstausend Jahren – eingeteilt nach den so genannten vier großen Reichen: dem assyrischen, dem persischen, dem griechischen und dem römischen. Den Brückenschlag vom römischen Reich, das 476 n. Chr. mit der zweiten Einnahme Roms durch Odoaker und den Sturz des letzten Kaisers Romulus unterging, vollzog man mittels der Denkfigur der „translatio imperii“: der (geistigen) Übergabe der (Kaiser-)Reichsidee von Rom an die Franken, deren Staat sich im 8. Jahrhundert als europäisches Großreich, von der Bretagne bis nach Mittelitalien, von den Pyrenäen bis nach Ostsachsen zu etablieren begann; mit der Kaiserkrönung Karls des Großen am Weihnachtstage des Jahres 800 als eindrücklichem Höhepunkt.

Der Gedanke, sich nicht mehr im Mittelalter, sondern in einer andren, eben der „neuen“ Zeit zu befinden, tauchte freilich schon früh in den Köpfen der Menschen auf; Jacob Burckhadt datierte in seinem kanonischen Werk „Die Kultur der Renaissance in Italien“ ebenderen Beginn aufs frühe 14. Jahrhundert, und in der Geschichtswissenschaft gelten die geistes-, rechts- und wirtschaftsgeschichtlichen Strömungen, die über Europa seit der Stauferzeit, seit dem 12., Jahrhundert hereingebrochen waren, seit Langem als eindeutige Vorboten der Neuzeit („Renaissance des 12. Jahrhunderts“ ist hier zum Beispiel ein gängiges Schlagwort). Das Gefühl freilich, Neuzeit zu sein, war auch im Jahre noch 1914 ein recht junges – trotzdem ging in ebendiesem Jahr diese Neuzeit, wie es neben Graf Krockow Denker auch wie Martin Heidegger, Hannah Arendt und Hans Blumenberg sehen sollten, schon wieder zu Ende.

Um dies zu verstehen, lohnt es sich, einen Blick auf die geistig-politischen Konstellationen zu werfen, die dem Ausbruch des Krieges vorausgegangen waren. Der Krieg fand statt zwischen den fünf europäischen Großmächten; diese waren seit dem 18. Jahrhundert England, Frankreich, Russland, Österreich (seit 1867 in Realunion: Österreich-Ungarn) und das Deutsche Reich, das 1871 quasi aus dem Königreich Preußen hervorgegangen war. Man sprach hiervon auch als von der „europäischen Pentarchie“. Hinzugekommen als stiller Konkurrent auf dem Feld der Weltwirtschaft waren mit der Unabhängigkeitserklärung 1776 bzw. mit seiner definitiven inneren politischen Einigung 1865 die Vereinigten Staaten von Amerika; eine veritable weltpolitische Rolle spielen sollten sie allerdings erst mit ihrem Eintritt in den Krieg, 1917.

Wir haben es also beim Ersten Weltkrieg konstellativ im Ausgang vorerst mit nichts anderem zu tun als mit einer Neuauflage des uralten europäischen Motivs des Bruderkrieges. Seine Wesensdimensionen konnten religiös, territorial, wirtschaftlich oder allgemein geistig sein; 1914 waren sie vordergründig wirtschaftlich-territorial, aber auf gewisse, unbestimmte Weise auch geistig. Man kann sagen, dass alle europäischen Erschütterungen seit der karolinigschen Zeit, also seit der Zeit Karls des Großen, darauf zurückzuführen sind, dass das von jenem angestrebte und für kurze Zeit auch realisierte Großreich in lauter kleine Einzelstaaten zerfiel, die seit etwa der ersten Jahrtausendwende nach Christus mit Macht nach ihrer politischen, wirtschaftlichen und später auch religiösen und ideologischen Selbstentfaltung strebten.

Besonders deutlich wurde diese Tendenz seit dem Beginn der Neuzeit, der nämlich zugleich der Beginn der so genannten deutsch-französischen Erbfeindschaft ist. Sie begann mit dem Italienfeldzug des Königs Karl VIII. von Frankreich 1494 und endete mit dem deutsch-französischen Freundschaftsvertrag, dem so genannten Élysée-Vertrag, am 22. Januar 1963, dieses letztere ein recht junges Datum, wenn man bedenkt, dass die Mehrheit der Bevölkerung heute es noch erlebt hat (50 Jahre). Sie ging aus vom Kampf um die Vorherrschaft in jenem Teil des alten Karlischen Reiches, der in der Reichsteilung, nach dem Tod seines Sohnes, Ludwig des Frommen († 840), im Vertrag von Verdun 843 als Mittelreich hervorgegangen war. Er erstreckte sich im Groben von der heute niederländischen Nordseeküste über Lothringen, Burgund und die Provence bis nach Norditalien, Mailand und die Lombardei, und von dort aus bis nach Rom, das politisch seit der Einnahme durch die Goten im Fünften Jahrhundert nicht mehr zur Ruhe gekommen war.

Es ist genau dieser Länderschlauch von Norden nach Süden, von Mediävisten spöttisch auch gern als „Kegelbahn“ bezeichnet, in und um den im Ersten Weltkrieg in der Hauptsache gekämpft werden sollte. Der deutsche Feldzugsplan, vom späteren Generalfeldmarschall Alfred Graf von Schlieffen bereits in den 1890er Jahren entworfen, sollte sich genau an diesem territorialen Szenario orientieren: die Masse der deutschen Armeen sollte das französische Heer in einer gewaltigen Umfassung von „rechts“ nach „links“, also von Norden nach Süden drücken und an der Schweizerischen Grenze „zerquetschen“ (daher das bekannte Schlagwort, das der todkranke Schlieffen im Fieberwahn gebraucht haben soll: „macht mir den rechten Flügel stark!“). Der Frontbogen im Westen reichte von Belgien, dessen völkerrechtlich garantierte Neutralität die deutsche Reichsleitung unseligerweise brach (und damit England auf den Plan lief, das ansonsten sehr wahrscheinlich neutral geblieben wäre; aber Belgien, und damit eine Zähmung unsinniger deutscher Annexionswünsche hatte es nun einmal garantiert!), durch Flandern, Vogesen, die Champagne und das alte Herzogtum Burgund (so hatte früher das gesamte Mittelreich zwischen West- und Ostfranken geheißen) bis nach Pontarlier an die Schweizer Grenze.

1915 zerfiel der Dreibund, ein wackliges Bündniskonstrukt aus den 1880er Jahren zwischen den in „Nibelungentreue“ verbundenen Reichen Deutschland und Österreich einerseits und dem jungen Königreich Italien andererseits, und es wurde, und zwar direkt in den Alpen, eine neue Front eröffnet, diesmal zwischen Österreich und Italien, das den Habsburgern noch lange nicht vergessen hatte, dass ihre Sekundo- und Tertiogenituren, ihre Vizekönige und Militärgouverneure einst drei Viertel des Landes beherrscht hatten. Der Krieg erstreckte sich also ziemlich genau in dem Länderschlauch von der flandrischen Nordseeküste bis hinunter in die Lombardei und an die Adriaküste, um dessen Besitz sich nicht nur die Enkel Karls des Großen im Neunten Jahrhundert gerissen hatten; sondern um den noch in der gesamten frühen Neuzeit, von den so genannten Italienkriegen (1494-1558) über die „Raubkriege“ Ludwigs XIV. und den Spanischen Erbfolgekrieg (1701-1714) bis zu den so genannten Koalitionskriegen zwischen dem revolutionären Frankreich und den alten europäischen Monarchien (1792-1814) gerungen wurde. Rein territorial und rein europäisch betrachtet, war es das Erbe Karls des Großen, um das die fünf europäischen Großmächte 1914 bis 1919 stritten.

Anders betrachtet ging es freilich um viel, viel mehr. 1814, als Napoleon in der Schlacht bei der Stadt Arcis-sur-Aube durch den österreichischen Fürsten Schwarzenberg geschlagen wurde und ein paar Wochen Paris die weiße Fahne hisste, befand Europa strukturell sich noch tief im Mittelalter. Es gab keine Elektrizität, keine Mobilität auf der Schiene, keine Aviatik. 1914 dagegen steht Europa tief in der Moderne. In keinem Jahrhundert wurden so viele wegweisende Erfindungen und Entdeckungen gemacht wie im 19. Quantitativ sind ihm das 20. und 21. sicher überlegen, aber qualitativ ist der Abstand zwischen 1814 und 1914 viel größer als der zwischen 1914 und 1963 es war, oder der zwischen 1963 und 2013. Die Informationstechnologien und die Verteilungsstrukturen des Wohlstandes haben sich zum Teil radikal verändert; aber mentalitär steht Europa seit der „Stunde Null“, seit 1945 in einer Art positiver Schockstarre, einem Gefühl des Nicht-mehr-beteiligt-seins, der Entpolitisierung, das dann 1992, als auch der Kalte Krieg Geschichte war, Francis Fukuyama mit dem Schlagwort vom „Ende der Geschichte“ auf den Punkt bringen sollte.

Winston Churchill sah bekanntlich die Zeit von 1914 bis 1945 als einen zweiten „europäischen Dreißigjährigen Krieg“ an, in dem alles durcheinandergewirbelt wurde. Zwei unmittelbare Konsequenzen hatte dieser Dreißigjährige Krieg: erstens: er rief die USA auf den Plan, die sich binnen Kurzem als den europäischen Vorstellungen von Wirtschaftlichkeit und militärischer Schlagkraft heillos überlegen entpuppten. Zweitens: er holte den Orient und mit ihm den Islam auf die Bühne des weltpolitischen Theaters.

Seit dem Kreuzzugszeitalter hatte sich das Türkische Reich, das sich später nach seinem dynastischen Gründer osmanisch nennen sollte, klandestin als heimliche Ordnungsmacht herauspräpariert, die, zwar dem Anschein nach gegen Europa gerichtet, in Wahrheit durch äußeren Druck immer wieder dafür sorgt, dass Europa zusammenbleibt. Letztmalig manifestierte sich dies in jener Klausel der Wiener Gründungsakte der Heiligen Allianz, die den Sultan in Konstantinopel vom Beitritt ausschloss, da er eben kein Christ sei.

Das ganze 19. Jahrhundert dann drehte sich machtpolitisch um die Erhaltung der Türkei, des „kranken Mannes am Bosporus“. Hatten die Türken noch 1683 „vor Wien“ gestanden und als der Schrecken der zivilisierten Welt gegolten, so wurden sie nun von der europäischen Diplomatie auf einmal geradezu liebevoll gepflegt. Die große Angst, die alle umtrieb, war nämlich: dass im Nahen Osten, der alten geographischen Schlüsselregion Europas, die beiden großen Gegenspieler im Kampf um die „Aufteilung der Welt“ einmal blutig zusammenstoßen würden: England und Russland.

Noch zu Anfang des 20. Jahrhunderts war die große Angst des gebildeten Europäers, dass es zu einem „Weltkrieg“ zwischen diesen beiden Mächten kommen könnte. England, das Mutterland des Kolonialismus, damals Herrscherin über ein Viertel der Erdoberfläche, und Russland, der spätberufene Neuzugang ins europäische Mächtekonzert, der sich seine Rolle als heimlich Schutzmacht Preußens zwischen 1763 und 1871 erarbeitet hatte und nun nicht nur als Schutzpatron der panslawistischen Freiheitsbewegung im österreichisch regierten Osteuropa auftrat, sondern zugleich die „Befreiung“ der orthodoxen Glaubensbrüder auf dem Balkan und im Kaukasus im Schilde führte, was auf nichts anderes hinauslief als auf eine Expansion in den Nahen und Mittleren Osten, nach Syrien und Persien, an die Grenzen Indiens, das britische Kronkolonie war, seit 1876 mit dem Status eines Titularkaisertums. Hier, sowie auf den Weltmeeren – die Kriegsmarine galt als Teilstreitkraft der Zukunft – erwartete man den großen Zusammenstoß von Bär und Walfisch, von Russland und England.

Vergleichsweise unbedeutend nahm sich daneben der andere Konflikt aus, der das europäische politische Geschehen seit 1871 dominierte. Der deutsch-französische Gegensatz schien dadurch, wenn auch gewaltsam, gelöst, dass es Deutschland unter „Führung“ Preußens und Otto von Bismarcks gelungen war, sich politisch zu einigen und dabei die linksrheinischen Gebiete zu verteidigen. Einziger Stachel im Fleische: die neuen „Reichslande“ Elsass-Lothringen, die die Sieger 1871 sich gleichsam als Kriegsbeute ausbedungen hatten – Land, das zwar vor Jahrhunderten einmal deutsch gewesen, seit Ludwig XIV. aber nun einmal französisch war, dessen Bevölkerung mehrheitlich französisch dachte und fühlte und, auch der wohlwollendsten Behandlung durch die deutschen Behörden trotzend, im Traum nicht daran dachte, seine eigentliche, innere Nationalidentität aufzugeben. Hier lag die Keimzelle des französischen Revanchismus seit 1871, und der Grund, warum in den vierzig Jahren bis zum Ausbruch des Weltkrieges Deutschland und Frankreich schlechterdings nie ein Bündnis miteinander eingegangen sind.

Durch die Reichseinigung und das durch sie freigesetzte wirtschaftliche und militärische Potenzial aber – Deutschland war um 1900 hinter den USA und vor England die zweitgrößte Wirtschaftsmacht der Welt – war Deutschland zum Zünglein an der Waage geworden; es war de facto, wie Sebastian Haffner festhielt, die stärkste Macht des Kontinents geworden, und – man bedenke! – dies aus dem Nichts! 1866 gab es noch den alten Deutschen Bund, verfassungsrechtlich eine Art Blinddarm des Heiligen Römischen Reiches, mit einer fürstenrepublikanischen Verfassung und zeitweise 39 Mitgliedsstaaten; fünf Jahre später gab es ein Deutsches Reich. Jeder, mit Ausnahme Frankreichs natürlich, wollte mit diesem Deutschen Reich verbündet sein, um seine jeweiligen Ziele durchzusetzen. Nur Deutschland selber, das hatte sein Gründer Bismarck erstaunlich aufrichtig eingeräumt, hatte kein wirkliches außenpolitisches Ziel mehr; es war gesättigt, „saturiert“.

Kritiker Deutschlands, d.h. Preußens, warfen und werfen Bismarck, dem „Barbaren von Genie“, denn auch bis heute vor, er sei ein Unruhestifter gewesen, der das alte europäische Gleichgewicht zerstört habe. Fakt ist, dass Bismarck selber um die Labilität seines machtpolitischen Konstrukts am besten wusste: der sprichwörtliche „Alptraum der Koalitionen“ (cauchemar des coalitions) sollte ihn bis an sein Lebensende nicht mehr verlassen.

Dass der alte Fürst Bismarck 1890 durch eine Hofintrige und mit Wissen und Wollen des jungen, juvenilen Kaisers Wilhelm II. gestürzt wurde, wird bis heute bei Laien und Fachpublikum als schwerer Fehler angesehen und als πρῶτον ψεῦδος, als erster Fehler, der schließlich 24 Jahre später zum Ausbruch des Weltkrieges geführt habe. Erst in den letzten zehn Jahren wurde das ehedem fast schon kanonische Verdammungsurteil über den letzten Deutschen Kaiser behutsam korrigiert, unter anderem von Christopher Clark und Eberhard Straub, nachdem bereits in den Neunziger Jahren der Berliner Essayist Nicolaus Sombart einen ingeniösen Vorstoß in diese Richtung unternommen hatte.

Tatsache ist, dass sich Deutschland 1890 bündnispolitisch in einer unentscheidbaren Situation befand. Es konnte es nur falsch machen, wäre es nun mit Russland (wie zu Bismarcks Zeiten) oder mit England gegangen (wie es von der englischen Politik vor und nach Edward VII., der von 1901 bis 1910 regierte, immer wieder favorisiert wurde). Deutschland war zum ersten Mal in seiner Geschichte, um im Jargon der Bismarckzeit zu reden, vom „Amboss“ zum „Hammer“ geworden – aber es wusste mit diesem Hammer nichts anzufangen. Deutschland, nicht England, wählte mit dem Regierungsantritt Wilhelms II. 1888 die splendid isolation – in die weltpolitischen Konjekturen Englands und Russlands sinnvoll eingreifen konnte es nicht.

So kam es 1907 zu dem diplomatischen Ereignis, das niemand für möglich gehalten hätte: England und Russland, die auch ideologisch denkbar weit voneinander entfernt waren (England, eine parlamentarische Monarchie und hochindustrialisiert, Russland, ein autokratischer Agrarstaat, bei dem die große Revolution nur eine Frage der Zeit war), schlossen ein Bündnis miteinander, da beide jeweils schon mit Frankreich separat verbündet waren, gab es nun offiziell die „Tripleentente“. Der Ring der „Einkreisung“ um Deutschland war geschlossen.

Als am 28. Juni 1914 der Thronfolger der k. u. k. Monarchie, Erzherzog Franz Ferdinand, bei einem Manöverbesuch in Sarajewo von serbischen Nationalisten ermordet wurde, dauerte es noch fünf Wochen, bis sich ganz Europa im Krieg befand. Bosnien und die Herzegowina waren 1908 unter internationaler Duldung von Österreich besetzt worden, unter Missbilligung Russlands, das den Balkan seit den Tagen Katharinas der Großen als seine Hegemonialsphäre betrachtet hatte. Russlands Schutzmacht war Serbien, Serbien machte alle Anstalten, es der national empörten österreichischen Bevölkerung recht zu machen, aber es half nichts: unter den 26 Punkten des österreichischen Ultimatums an die königlich-serbische Regierung in Belgrad befanden sich jene berüchtigten zwei, die keine Regierung der Welt hätte annehmen können, ohne die Souveränität ihres Staates zu blamieren. Die Teilablehnung und damit der casus belli war von der österreichischen Kriegspartei eingeplant.

Unmittelbar darauf schaltete sich erwartungsgemäß Russland ein, das ein österreichisches Vorgehen gegen Serbien nicht dulden mochte; Russlands Vorstoß rief das Deutsche Reich auf den Plan, das sich mit Österreich auf Leben und Tod verbündet und der Regierung in Wien eine unbeschränkte Vollmacht (der berühmte „Blankoscheck“) für ihr Vorgehen gegen Serbien ausgestellt hatte (denn nur mit dem mächtigen, wirtschaftlich potenten und militärisch hochgerüsteten Deutschland im Rücken konnte das altmodische, zurückgebliebene Österreich einen Waffengang überhaupt wagen). „Unter Tränen“, wie es heißt, überreichte der deutsche Botschafter in St. Petersburg, Friedrich Graf v. Pourtalès, am 1. August die deutsche Kriegserklärung (noch vierzig Jahre zuvor waren Russland, das eine deutsche Dynastie, die Schleswig-Holstein-Gottorf, regiert, und Preußen eng Freunde gewesen). Da aber zwischen Russland und Frankreich seit 1894 ein Offensiv- und Defensivbündnis besteht, erklärt Deutschland vorauseilend am 3. August auch Frankreich den Krieg. Denn auf diesen, eigentlich unsinnigen, Konflikt hat man sich eingestellt, und das schon seit zwanzig Jahren.

Hier vollends wird der Hergang dieses Kriegsausbruches vollends unbegreiflich. Der Konflikt auf dem Balkan (der vier Jahre später im Übrigen erwartungsgemäß mit dem Auseinanderbrechen der beiden verbliebenen Vielvölkerreiche in Südosteuropa enden wird: Österreich-Ungarn und Osmanisches Reich) erweist sich als bloßer Seitenschlich, um den uralten Konflikt Frankreich-Deutschland wieder aufleben zu lassen. Die vielbeschworene Gefahr der „russischen Dampfwalze“ (tatsächlich ist die russische Armee kaum moderner als die österreichische, zudem ist die Kampfmoral der unter dem zaristischen System leidenden Rekruten miserabel) wird durch die Schlachten bei Tannenberg und an den Masurischen Seen noch im Herbst durch die deutsche 8. Armee unter ihrem Generaloberst von Hindenburg, dem späteren Reichspräsidenten, aufgehalten. Dagegen beißen sich die sieben deutschen Armeen, die in einem hektischen Vorstoß Paris einzunehmen gehofft hatten und der französischen Hauptstadt auch schon auf hundert Kilometer nahegekommen waren, im September an der Marne fest („Wunder an der Marne“). Damit ist der Krieg im Westen für beide Seiten an den strategischen Nullpunkt gestoßen, bevor er richtig angefangen hat. Vier Jahre lang wird das jetzt so gehen: mal verbuchen die Franzosen, mal die Deutschen minimale Gebietsgewinne. Aber es bleibt ein Patt.

Entscheidend dafür ist allerdings, dass sich seit dem 4. August auch Großbritannien im Krieg mit Deutschland befindet. Die deutsche Oberste Heeresleitung hatte aus puren aufmarschtaktischen Gründen das neutrale Belgien überrennen lassen – und damit Englands ultimative Bedingung verletzt, unter der es in den Krieg im Westen nicht eingegriffen hätte (wodurch dieser vielleicht wirklich nach wenigen Wochen für Deutschland entschieden worden wäre). Und die vielen hunderttausend britischen Soldaten, die nun auf französischer Seite zum Einsatz kommen, verschieben das Kräftegleichgewicht natürlich zuungunsten Deutschlands.

Deutschlands ganzes Verhalten in diesem Krieg weist selbstzerstörerische Züge auf: vom unbedingten, aber gar nicht nötigen Eintreten für Österreich und seine verheerende Expansionspolitik auf dem Balkan über die fatale Verletzung der Neutralität, die Eröffnung des uneingeschränkten U-Boot-Krieges im Jahr 1917, wodurch die USA auf Seiten der Entente in den Krieg gerufen werden, bis hin zu den unverschämten Friedensbedingungen von Brest-Litowsk im März 1918, wodurch faktisch ein osteuropäisches Kolonialreich unter deutscher Führung geschaffen werden soll – ein Gewaltakt, als dessen umgehende, gerechte Strafe man den Diktatfrieden von Versailles ein Jahr darauf mittlerweile auch in der Forschung auffasst. Unter allen beteiligten Mächten hatte das Deutsche Reich am wenigsten Grund zum Kriege, und unter allen Kriegszielen waren seine am wenigsten gedeckt, sei es durch Logik, sei es durch Emotion.

Die Frage nach der Kriegsschuld ist seit dem Krieg selber oft gestellt worden, und mit einer Insistenz wie sonst bei keinem Krieg in der Geschichte. Der Erste Weltkrieg brach aus, der zweite wurde entfesselt – über diese Formel herrscht in Forschung und Publikum seit Langem Einigkeit, und auch jüngere, meinungsstarke Beiträge aus der Literatur haben daran nichts geändert. Die „Urkatastrophe des 20. Jahrhunderts“, als die George F. Kennan den Weltkrieg in einer berühmten Wendung bezeichnete, ist in ihrer Genese heute so sehr ein Faszinosum wie vor einhundert Jahren.

Freilich folgt in der Geschichte alles einer inneren, und wiederum auch überzeitlichen, seinsmäßigen Logik. Und nach dieser Logik hatte das europäische Zeitalter politisch ausgedient. Fünfzehnhundert Jahre lang, seit dem Untergang Roms, hatten die europäischen Mächte das Politische in seiner territorialen Praxis ausgelotet in alle Richtungen; 1914 stießen sie endgültig an ihre Grenzen, und es war nur folgerichtig, dass sich die Bevölkerung Mitteleuropas mit der Niederlage 1918 zugleich ihrer Monarchen – allein in Deutschland waren dies zwanzig regierende Herren – entledigte; denn das abrahamitische Prinzip, wonach der Fürst Hirte seiner Völker ist und sie sicher durchs Ungewisse führt, hatte seine historische Legitimität verloren. Dass sich die Deutschen um ihr historisches Heldenepos betrogen fühlen sollten; dass der Verlust des Kaisers einen tief in der Volksseele verwurzelten Vaterkomplex aktivieren sollte, stand dabei auf einem anderen Blatt.

Vielleicht begreifen wir das Phänomen dieses Krieges, der aus seiner eigenen Tradition so sinnlos und fremd hervorragt, besser, wenn wir ihn aus der zukünftigen Perspektive heraus betrachten. Keine hundert Jahre sind seither vergangen, und das Antlitz Europas und der Welt hat sich vollständig geändert. Die klassische Machtpolitik ist, im Modus ihrer erratischen, infernalischen Überspitzung durch das Deutsche Reich in zwei Weltkriegen, aus dem Repertoire der europäischen Politik verschwunden; wir sind vollends ins Zeitalter des Wirtschaftlichen eingetreten, und das heißt auch: der konsequenten Wohlfahrts- und Wohlstandsförderung. Die USA und China haben die Rolle übernommen, die bis 1914 den fünf Großmächten vorbehalten gewesen; Europa kehrt stattdessen langsam zu seinen alten, unter dem Wust einer tausendjährigen Ver- und Entwicklung verschütteten Wurzeln zurück; es wird langsam wieder ein Europa der Regionen.

Regionalität ist die Wurzel des Europäischen. Der universelle, territorial nach innen vereinnahmende und nach außen ausgreifende Machtstaat war stets etwas Fremdes, ein orientalischer Oktroy, gegen den sich die Griechen einhundert Jahre lang gewehrt haben, bis der Große Alexander die Idee des Universalreiches im Rahmen eines genialen, abenteuerlichen, und doch wiederum wahnwitzigen Unternehmens in seine mediterrane Heimat importierte. Von Griechenland, das so auf einmal zum Mutterland der modernen Monarchien wurde – Alexander Demandt wies in seinem glänzenden Alexander-Buch, das vor vier Jahren erschien, zuletzt darauf hin –, ging diese Idee über auf Rom, dessen Imperium sich ja nicht um ein Land, sondern um eine einzelne, übermütige Stadt herumscharte (wen wundert es da, dass bis heute der Regionalismus gerade in Italien und Griechenland so besonders spürbar ist?), um sich dann im Gewimmel der Völkerwanderung zu verlieren. Karl der Große-Charlemagne, auf den sich die beiden Mutternationen des postmodernen Europa, Frankreich und Deutschland, als Ideenstifter berufen, stellte das Reich wieder her, aber nicht ursprünglich als politische, sondern vielmehr als Stammeseinheit. Die nationelle, politische Aufladung kam erst durch den Kaisertitel hinzu; seitdem glaubte sich jeder seiner Nachfahren dazu berufen, aus seiner eigenen Nationalität heraus Europa als Gesamtstaat einrichten zu müssen. Der europäische Urgedanke: ein freies Miteinander unterschiedlicher Stämme und damit Regionen zu sein, geriet in Vergessenheit. Es wurde beansprucht, arrondiert, geraubt und wieder zurückgeraubt, eintausend lange Jahre lang.

1914 brach das Kartenhaus des europäischen Nationalismus endlich in sich zusammen. Mit dem ersten Krieg allein war es freilich nicht getan; es bedurfte der noch viel schrecklicheren Entwicklungen über jenes Kontinuum von 1914 bis 1945 hinweg, bis sich Europas martialische, selbstzerstörerische Energien endgültig erschöpft hatten. Aber 1914 war das erste Aufleuchten, der erste laute Knall, der die Völker Europas daran gemahnte, dass sie Brüder sind, nicht Konkurrenten, und dass das Zeitalter der Bruderkriege seinem Ende entgegen geht.

So ist es kein Zufall – wie ohnehin überhaupt nichts in dem großen Zeitbogen, den wir Geschichte zu nennen gewohnt sind, „zufällig“ ist –, dass sich der „Große Krieg“, wie ihn Franzosen und Engländer mit pathetischer Hellsicht immer noch nennen, vorzüglich abspielte auf den Schlachtäckern auf jener Länderbahn zwischen Ostende und den Alpen; zwischen Belgien, dem jüngsten ,und der Schweiz, dem ältesten neutralen Staat in Mitteleuropa, deren einer nach dem ersten Krieg Sitz des Völkerbundes wurde, während der andere nach dem anderen, noch schlimmeren Krieg Sitz der Europäischen Union wurde. Der europäische Gedanke, das heißt: die Abkehr vom Nationalen, die Entschärfung des Politischen, die Übertragung der Ideale von Einheitlichkeit und Einheit vom Ganzen auf das Individuum: auf den Blutfeldern des Ersten Weltkriegs, der alle Grausamkeit und Absurdität des Kriegerischen in greller Schnörkellosigkeit ans Licht brachte, schälte er sich unter Mühen und Konvulsionen aus seiner historischen Verschalung.

Nicht verwunderlich, sondern nur folgerichtig ist die Doppelrolle, die hierbei Deutschland spielte. Wenngleich formell – das haben die Forschungen der vergangenen Jahre eindrücklich gezeigt – nicht mehr und nicht weniger schuld am Kriegsausbruch als die andern Beteiligten (hatte es doch selber am allerwenigsten Grund dazu), so war es doch, wie seit dem Mittelalter, wie schon in der Römerzeit, die „deutsche Frage“, woran sich die Zukunft Europas entscheiden sollte. Deutschland nahm, in unseliger, kindischer und zugleich gewalttätiger Verblendung, die Last der historischen Schuld auf sich: sich auf diesen sinnlosesten aller Kriege eingelassen, ihn erst zu dem gemacht zu haben, was er wurde: nämlich zu den „letzten Tagen der Menschheit“ (Karl Kraus), auf dass am Ende die Idee vom staat-losen, apolitischen Europa: dem Europa der Regionen, dem Europa der Brüderlichkeit, in der unwiderleglichen Alternativlosigkeit vor seinen Völkern stehe, wie sie nur das Erlebnis dieses Krieges in die Geister hat prägen können. Die falsche Form musste mit Gewalt zerbrochen werden, auf dass das gute Innere, die reine Materie zur Entfaltung kam: die uralte, mythische Idee von der Pax Europaea, vom europäischen Frieden.

© Konstantin Sakkas, 2013

Der Text erschien in leicht geänderter Fassung in der Ausgabe Januar 2014 in der Zeitschrift Die Drei.

Titelbild: Erzherzog Franz Ferdinand von Österreich und seine Frau Sophie am Tag ihrer Ermordung, Sarajevo, 28. Juni 1914.